Témoignage de baptême: Théo

Théo a été baptisé le 11 janvier 2026. A cette occasion, il nous a livré un très beau témoignage de son parcours de foi.
Le pasteur STÜCKER verse de l'eau sur la tête de Théo.

Crédit photo: Fanny DELAPLACE

Témoignage

On m’a proposé de témoigner ici de mon parcours de foi, de tout ce qui autrement dit m’a mené jusqu’à ce point précis où je me tiens devant vous et je demande le baptême. La chose est, je dois vous prévenir d’avance, peu spectaculaire ou inspirante, et relève, vu de l’extérieur, d’un simple parcours intellectuel.

 

Comme beaucoup de nos jours, je viens d’une famille où la foi n’est pas un sujet de conversation : le seul contact que j’avais avec le religieux était la passion somme toute suspecte de mon père pour les églises, à tel point que sur le trajet des vacances il nous faisait visiter toutes celles dont on avait le malheur d’apercevoir le clocher depuis la route. Fils de prof laïcard, le déterminisme social me vouait à suivre la même voie que lui, oui, même la passion obsessionnelle pour les églises qui avaient le malheur de pointer le bout de leur clocher. Ainsi, j’ai suivi des études de philosophie à Rennes, et c’est là que j’ai remarqué que j’avais une étrange fascination pour Socrate sur lequel j’ai fait mon mémoire, et je dis bien étrange fascination car il s’avérait que j’étais particulièrement touché par les figures paternelles sacrificielles qui parlent de la vie après la mort, si vous voyez où je veux en venir. Mais bon, jusqu’ici, rien qui ne sent l’encens, car je m’enorgueillissais de la Raison et de la philosophie, seule (avec moi donc) à comprendre les rouages secrets du monde et de l’homme. Toutefois sur la fin de mon mémoire, de petites graines germaient, ce que je n’ai pu comprendre que rétrospectivement : je travaillais donc sur une figure paternelle honnie de tous et qui se sacrifie, ça vous l’aurez compris, mais aussi mon travail portait sur le rôle nécessaire de l’amour dans le rapprochement vers le monde divin chez Platon. 

 

Ça commence fortement à sentir l’hostie cette histoire me direz-vous. 

 

Il n’empêche qu’à la fin de ce master, j’ai eu la subite envie de trancher avec l’héritage de mon père : je ne souhaitais plus devenir professeur. S’ensuivit donc une période d’errement concernant mon avenir, oserais-je dire dans le désert, mais heureusement pour moi qui ne dura pas quarante ans : j’eus la bonne idée (ou peut-être me l’insuffla-t-on dirions-nous aujourd’hui) de mélanger mes deux passions concernant la philosophie et les figures paternelles détestées et sacrifiées, et j’ouvris le livre qui se présentait devant moi à la bibliothèque : le Christ Philosophe de Frédéric Lenoir. Comme quoi, des fois, le Saint-Esprit aussi manque de subtilité. Mais c’est là en tout cas que je fis la rencontre du Christ, et pour moi cette rencontre consista dans le fait de ressentir l’infinité de son amour. Voilà comment j’en vint à la foi.

 

Maintenant ça ne répond pas à la question « Qu’est-ce que je fais ici ?». Et bien après avoir été touché du doigt par cette grâce, j’ai ressenti, comme cela est commun, le besoin d’aller chercher ceux qui comme moi avaient été touchés du doigt. S’ensuivit une nouvelle errance visant à trouver cette communauté, mais aucune ne correspondait à cet amour infini que j’avais ressenti. Et un beau jour, une idée me vint (encore insufflée, vous l’aurez deviné) : « Tiens, et si j’allais voir dans cet étrange petit bâtiment coincé entre une discothèque et un caviste, qui a l’air toujours fermé ? ». Et vous l’aurez compris, c’est ici que je ressentis pour la première fois cet amour dans la chaleur de l’accueil, des mains serrées, des regards intéressés. C’est ici aussi que j’ai compris pour la première fois que la relation à laquelle Dieu nous appelle avec lui, n’est pas une relation verticale, avec ce qui est au plus aux des cieux, mais entre nous, avec ce qui est le plus proche de nous car c’est là qu’il réside à tous les instants au milieu de nous, à travers le visage de l’autre.

 

Très bien me direz-vous, mais ça ne répond toujours pas à la question « Qu’est-ce que je fais ici, aujourd’hui devant vous ? ». En effet, la question du baptême fut compliquée pour moi. Il m’a fallu deux ans pour le demander. Car bien que je ressentais l’amour du Seigneur, je me répétais que je ne me sentais pas appelé par lui. Mais soyons honnête, dans mon orgueil, je croyais pouvoir m’en passer. Augustin n’écrit-il pas que le sacrement est le « signe visible d’une grâce invisible » ?

 

Or je me disais : je suis conscient de cette grâce invisible, à quoi bon le signe visible ? De même Luther n’écrit-il pas « C’est ce que dit le Christ : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné ». En parlant ainsi, il montre que la foi est nécessairement telle, dans le sacrement, qu’elle peut sauver même sans le sacrement. C’est pourquoi il n’a pas voulu ajouter « Celui qui n’aura pas cru et qui n’aura pas été baptisé sera condamné » ». J’ai cette foi qui peut sauver sans le sacrement, à quoi bon le sacrement ? Enfin Simone Weil n’écrit-elle pas « Peut-être aussi que ma vie prendra fin sans que j’ai jamais éprouvé cette impulsion vers le baptême. Mais une chose est absolument certaine c’est que s’il arrive un jour que j’aime Dieu suffisamment pour mériter la grâce du baptême, je recevrai cette grâce ce même jour, infailliblement, sous la forme que Dieu voudra, soit au moyen du baptême proprement dit, soit de tout autre manière. Dès lors pourquoi aurais-je aucun souci ? Ce n’est pas mon affaire de penser à moi, mon affaire est de penser à Dieu. C’est à Dieu de penser à moi ».

 

Ainsi à la suite de Simone Weil, j’étais convaincu que cette absence d’appel était liée au dessein de Dieu de me destiner à vivre en dehors du baptême et je ne m’occupais plus de le désirer. Mais au fond tout cela n’était qu’un signe de mon orgueil : j’aimais à me croire celui dont la foi est si forte qu’il n’a pas besoin d’un signe visible lui assurant pour de bon la promesse que Dieu l’aime et qu’il le considère juste malgré ses péchés. Et il me fallait désormais lutter et me justifier devant ceux qui me demandaient « À quand le baptême ? », mais aussi devant des auteurs comme Bonhoeffer qui écrivait « Le baptême dans la mort du Christ produit le pardon des péchés et la justification, il produit une séparation complète d’avec le péché», le tout en invoquant tous ces noms et textes illustres que je vous ai rapportés, me croyant à part, par la force de ma foi.

 

Or c’est ici que s’amorça le chemin libérateur et l’appel : Anders Nygren tout d’abord me rappela qu’avoir foi en Dieu c’est recevoir tout ce qu’il nous offre, comme il l’a écrit : « L’amour de Dieu se caractérise par une acceptation. Ce n’est pas par pur hasard qu’elle apparaît toujours en liaison intime avec la foi. Il ne s’agit plus du but vers lequel on tend, mais de ce que l’amour de Dieu nous offre en descendant jusqu’à nous. » Recevoir ce que Dieu nous donne par amour, voilà ce que j’avais oublié. De même Luther m’aidait à me rappeler de me méfier de mon orgueil quand il écrivait « Garde-toi de tenir la foi pour peu de chose : de toutes les œuvres c’est la plus excellente et la plus ardue. Par cette seule œuvre, s’il t’arrivait d’être dépourvu de toutes les autres, tu seras sauvé. Car elle est l’œuvre de Dieu, non de l’homme ainsi que Paul l’enseigne. Les autres œuvres, il les accomplit avec nous et par notre moyen, mais celle-ci est la seule qu’il accomplisse en nous et sans nous ».

 

Cette foi que je croyais si forte car étant née de mes propres forces, n’était forte que parce que je l’avais reçue de Dieu. Et la conserver si forte ne serait pas une mince affaire, j’aurais besoin de toute l’aide que Dieu pourrait me donner. Et c’est alors que je reçus de Dieu l’appel à me dresser ici devant vous pour demander le baptême, ressentant en moi-même ce que Luther avait déjà écrit bien plus tôt : « Telle est la pensée où je m’engage de tout mon cœur : c’est un secours qui nous console pleinement, et qui est efficace pour édifier la foi, que de se savoir baptisé non par l’homme mais par la Trinité même, par le moyen d’un homme qui, en son nom, est auprès de nous l’agent de ce sacrement ».

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