Prédication: dimanche 15 février 2026

Prédication par le pasteur Hervé STÜCKER à partir de la fin chapitre 5 de l'évangile de Matthieu, les versets 38 à 48.

Texte biblique

Évangile de Matthieu, chapitre 5, versets 38 à 48

 

Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut te faire un procès pour te prendre ta tunique, laisse-lui aussi ton vêtement. Si quelqu’un te réquisitionne pour faire un mille, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter quelque chose.

 

Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les collecteurs des taxes eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les non-Juifs eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

 

Crédit: Ethereaum/Pixabay

Prédication

Jésus, assis sur la montagne, s’adresse aux foules venues l’écouter. 

 

C’est un long enseignement qui commence, un enseignement que nous appelons le « Sermon sur la montagne ».

 

Ce « sermon », discours ou enseignement, commence par le texte des béatitudes, puis les paroles de Jésus sur le sel de la terre et la lumière du monde. Vous connaissez…

Ensuite, Jésus déclare : « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la Loi et les Prophètes. Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir. » (Matthieu, chapitre 5, verset 17) 

 

Jésus est venu pour accomplir la Loi, c’est-à-dire, selon le terme grec, pour rendre pleine la Loi. C’est alors que commence une série d’enseignement, marquée par le refrain : 

« Vous avez entendu qu’il a été dit […] Mais moi, je vous dis […] » 

Et le texte que nous venons de lire termine cette série.

 

Ainsi, Jésus relit la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire tous les écrits bibliques que nous appelons Ancien Testament (rien que ça !). Et, il propose un nouvel enseignement non pas pour changer ou supprimer ce qu’ont dit la Loi et les Prophètes, mais pour les rendre pleines, pleines du sens de Dieu.

 

L’évangéliste Matthieu souligne cette relecture par Jésus en citant des écrits

Ainsi, le livre de l’Exode déclare : « Œil pour œil, et dent pour dent. » (Exode, chapitre 21, verset 24) 

Ainsi, l’œil ou la dent de l’un s’oppose à l’œil ou la dent de l’autre.  Ils sont en confrontation. 

Jésus vient mettre un terme à cette confrontation : « Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer. » 

 

La confrontation se transforme en don : « Donne », dit Jésus. Oui, en plus de ta joue droite, donne ton autre joue ; en plus de ton vêtement du dessous — la tunique —, donne ton vêtement du dessus ; en plus du chemin parcouru, donne de ton temps et de ta force pour en faire le double. 

Oui, « donne […], et ne te détourne pas […] ».

 

Jésus rejette le principe de réciprocité dans les relations, un principe qui est la logique de toute humanité, lorsque Jésus propose le don sans compter.
L’agression qui m’est faite quand quelqu’un veut m’arracher quelque chose est alors désarmée par le don. Je ne ressens plus le dépouillement comme une agression. Ce n’est plus toi qui t’empares de moi et de ce qui m’appartient, mais c’est moi qui me donne à toi.

 

Puis, il est question du livre du Lévitique, et du commandement de l’amour du prochain (Lévitique, chapitre 19, verset 18), auquel est associé celui de la haine de l’ennemi. 

Même si, dans l’Ancien Testament, l’ennemi est réduit en miettes par Dieu à maintes reprises, cette haine de l’ennemi n’est jamais formulée en loi. 

Si Jésus en parle, c’est que cette loi de la haine est, malgré tout, installée dans les esprits à son époque.

Au lieu de cette haine de l’ennemi, Jésus établit l’amour et la prière : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » L’amour tourné vers l’ennemi, et la prière tournée vers Dieu sont envisagées ensemble comme deux ressorts indissociables.

 

Cet amour est dans le surplus, dans « l’extraordinaire ». 

C’est un gain, et même un « salaire » pour celui qui le pratique selon le texte grec.

Un tel amour porte ses fruits dès aujourd’hui. 

Oui, celui qui aime ses ennemis reçoit un gain en retour, un gain non pas matériel, mais spirituel.

 

En effet, ce gain pourrait bien être celui-ci :

Devenir fils du Père, comme le dit le texte grec.
Devenir fils d’un Père qui traite pareillement les justes et les injustes, les mauvais et les bons, qui aime aussi bien les uns que les autres, et donne la vie à eux tous.
Devenir tels que Dieu nous a créés, c’est-à-dire à son image (Genèse, chapitre 1, verset 26), et être alors « parfaits », autrement dit achevés ou arrivés à l’aboutissement, si nous essayons de rendre le sens du mot grec. 

Oui, « parfaits, comme votre Père céleste est parfait », dit Jésus.

 

Nous voilà bien embarrassés par la radicalité des propos de Jésus.

 

Donner, se donner sans compter, voire sans limite ; aimer nos ennemis et prier pour eux : voilà une radicalité qui nous laisse « complètement ébahis », comme les disciples de Jésus sont « complètement ébahis » dans le récit du jeune homme riche à tel point qu’ils se demandent : « Qui peut donc être sauvé ? » (Matthieu, chapitre 19)

 

Jésus regarde ses disciples et leur répond — et c’est véritablement la bonne nouvelle aussi pour nous tous — : « Pour les humains, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » 

 

Ouf ! Nous voilà sauvés ! 

Devenir fils de notre Père, parfaits comme lui, à son image, tels qu’il nous a créés à l’origine, c’est tout bonnement impossible pour nous, humains. Seul Dieu peut nous faire devenir ainsi.

 

L’enseignement de Jésus aux foules révèle à la fois qui est Dieu, dans sa façon d’être avec les humains, et qui nous sommes par rapport à lui : en cours d’achèvement, d’aboutissement, à travers l’expérience du don et de l’amour, tous deux radicaux. Jésus place en espérance cet achèvement et nous annonce que nous en recevons déjà le gain spirituel pour ceux qui se laissent progressivement achever, parfaire par Dieu.

 

Seigneur, notre Père, nous nous présentons devant toi, avec nos incapacités, pour que tu puisses nous parfaire par l’action de ton Esprit en nous. 

Amen.

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