Prédication: Dimanche 22 mars

Prédication à partir du texte de la résurrection de Lazare en lien avec l'Entraide Protestante dont l'assemblée générale a eu lieu au cours du culte.

Evangile de Jean, chapitre 11, versets 11 à 44

Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.  – C’est Marie qui répandit du parfum sur le Seigneur et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux, et c’est son frère, Lazare, qui était malade. –

Les sœurs envoyèrent quelqu’un lui dire : Seigneur, ton ami est malade.

Quand il entendit cela, Jésus dit : Cette maladie ne mène pas à la mort ; elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié.

Or Jésus aimait Marthe, sa sœur et Lazare.

 

Quand donc il eut entendu dire que celui-ci était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était, puis il dit aux disciples : Retournons en Judée.

Les disciples lui disent : Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu y retournes !

Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais si quelqu’un marche de nuit, il trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui.

Après avoir dit cela, il ajoute : Lazare, notre ami, s’est endormi, mais je vais le réveiller de son sommeil.

Les disciples lui dirent : Seigneur, s’il s’est endormi, il est sauvé !

Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu’il parlait d’un simple sommeil. Alors Jésus leur dit ouvertement : Lazare est mort. Et, pour vous, je me réjouis de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons vers lui. Thomas, celui qu’on appelle le Jumeau, dit alors aux autres disciples : Allons-y, nous aussi, pour que nous mourions avec lui !

 

A son arrivée, Jésus constata que Lazare était déjà dans le tombeau depuis quatre jours. Or Béthanie était proche de Jérusalem, à quinze stades environ. Beaucoup de Juifs étaient venus trouver Marthe et Marie pour les réconforter au sujet de leur frère.

Lorsque Marthe eut entendu dire que Jésus arrivait, elle vint au-devant de lui, tandis que Marie restait assise à la maison.

Marthe dit à Jésus : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera.

Jésus lui dit : Ton frère se relèvera.

Je sais, lui répondit Marthe, qu’il se relèvera à la résurrection, au dernier jour.

Jésus lui dit : C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et met sa foi en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?

Elle lui dit : Oui, Seigneur, moi, je suis convaincue que c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.

 

Après avoir dit cela, elle s’en alla. Puis elle appela Marie, sa sœur, et lui dit en secret : Le maître est arrivé, il t’appelle.

Dès qu’elle entendit cela, celle-ci se leva vite pour venir à lui ; car Jésus n’était pas encore entré dans le village ; il était encore au lieu où Marthe était venue au-devant de lui.

Les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie pour la réconforter la virent se lever vite et sortir ; ils la suivirent, pensant qu’elle allait pleurer au tombeau.

Lorsque Marie fut arrivée là où était Jésus et qu’elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !

Quand Jésus la vit pleurer, et qu’il vit pleurer aussi les Juifs qui étaient venus avec elle, son esprit s’emporta et il se troubla.

Il dit : Où l’avez-vous mis ?

– Seigneur, lui répondirent-ils, viens voir !

Jésus fondit en larmes.

Les Juifs disaient donc : C’était vraiment son ami !

Mais quelques-uns d’entre eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi faire en sorte que cet homme ne meure pas ?

Jésus, s’emportant de nouveau, vint au tombeau. C’était une grotte, et une pierre était placée devant.

Jésus dit : Enlevez la pierre.

Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà : c’est le quatrième jour !

Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?

Ils enlevèrent donc la pierre.

Jésus leva les yeux et dit : Père, je te rends grâce de ce que tu m’as entendu. Quant à moi, je savais que tu m’entends toujours, mais j’ai parlé à cause de la foule qui se tient ici, pour qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé.

Après avoir dit cela, il cria : Lazare, sors !

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un linge.

Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller.

 

Beaucoup de Juifs qui étaient venus chez Marie, ayant vu ce qu’il avait fait, mirent leur foi en lui.

 

Traduction: Nouvelle Bible Segond

 

Prédication

Le chapitre 11 de l’Évangile selon Jean nous raconte la résurrection d’un homme complètement mort. Cela pose des questions. 

Si Jésus ressuscite son ami mort, pourquoi ne fait-il pas un petit miracle pour ceux que j’aime et qui sont malades, ceux qui sont morts ? 

Pourtant, ce qui m’agace un peu, c’est qu’il y a plus de miracles dans les pires sectes que dans les églises… Enfin, c’est ce qu’ils disent… non ? 

Et bien non. Je crois que Christ est source de miracles dans nos vies. 

Mais attention : De quel miracle parle-t-on dans ce récit spectaculaire de la résurrection de Lazare ? 

 

La clé, c’est peut-être cette question que Jésus nous pose ici : « Crois-tu cela ? » ou plus précisément : « Fais-tu confiance ? » car le verbe utilisé n’est pas ici celui de la connaissance mais celui de la confiance. 

Il est difficile d’être persuadé, ou même de seulement imaginer, ce que pourrait être une vie éternelle faite de perpétuelles résurrections, bien sûr. Mais on peut très facilement « faire confiance » en cette résurrection dont parle ici Jésus. 

 

Mais peut-être que ce terme de « résurrection » fait dérailler notre imagination…  ce mot a été inventé de toutes pièces par de fâcheux théologiens, car dans le texte il n’y a bien sûr que le mot tout simple et tout quotidien de « se mettre debout » comme on se lève le matin de son lit, ou qu’on se lève de table. 

Or, c’est un fait d’expérience, partagée par des milliards de gens, que Dieu est source de vie et d’élévation, ou source de relèvement quand nous sommes tombés.

 

C’est donc possible, oui, de faire confiance en Dieu comme une force qui met l’homme debout. 

Même celui qui n’a jamais vécu cela peut au moins se poser des questions face à cette foule de témoignages, et commencer à avoir un brin de début d’espérance… et cette espérance-là est déjà une sorte de confiance sur laquelle Dieu peut commencer à travailler.

 

La résurrection -relèvement- dont parle ici Jésus est pour nous et pour aujourd’hui, nous dit ce récit. 

Or, nous sommes tous plus ou moins malades quelque part mais nous ne sommes quand même pas morts. S’il nous faut ressusciter aujourd’hui d’entre les morts, cela ne peut être qu’au sens spirituel, existentiel et moral.

 

Ce récit nous dit ce que le Christ entend par résurrection : c’est un processus spirituel qui nous donne la vie, ce processus qui nous permet de traverser ces enfermements qui nous retiennent dans les filets de la mort. Enfermements multiples, comme la peur peut-être, ou le sentiment que notre vie n’a aucun but, ou une certaine culpabilité, une souffrance, une solitude qui nous enferme sous terre, sans foi, sans espérance, sans arriver à aimer ni à se laisser aimer… 

 

Dans ce cadre où la résurrection est une question spirituelle plus que réelle, que vient faire ce récit de la réanimation de Lazare ? 

Jésus le dit à deux reprises, cette réanimation de Lazare est un excellent signe qui nous est donné pour que nous ayons confiance (versets 15 et 42), et qu’en ayant confiance nous nous ouvrions à ce processus de résurrection.

 

Qu’importe donc ce qui est arrivé au corps de Lazare, je n’en sais rien : C’est très vraisemblable que Jésus a fait des miracles physiques, d’ailleurs souvent malgré lui. 

Mais cette histoire est à comprendre comme un signe qui nous concerne directement, un signe d’une résurrection spirituelle qui nous est offerte, comme un miracle, comme une chose inouïe que nous ne saurions espérer, mais que Dieu rend possible en Christ. 

 

Lisons donc cette histoire comme parlant de notre propre résurrection.

 

Elle commence par la maladie de Lazare et l’absence du Christ, qui est en dehors du pays et lui-même en danger de mort. 

La transposition est facile à faire sur le plan spirituel : nous sommes malades de notre manque de confiance en Dieu. 

Nous sommes ainsi faits, ce manque de confiance en Dieu est un manque de confiance au cœur même de notre humanité. Du coup nous sommes plus ou moins dans les ténèbres, mais ça se soigne, nous dit ce texte…

 

Les sœurs de Lazare réagissent face à sa maladie, et elles envoient chercher Jésus. 

Elles ne lui demandent rien, seulement de venir. 

Dans notre prière, c’est vraiment une chose que nous pouvons demander à Dieu, qu’il vienne auprès de nous, même et surtout quand nous sommes au plus bas dans le péché, ou dans la détresse. 

Ce récit nous dit que Dieu est un ami qui ne nous abandonnera pas, il viendra, il pleurera, il nous dira quoi faire, il agira lui aussi… et nous ressusciterons. 

 

Oui, le « faire confiance » essentiel que nous propose Jésus comme clé de la résurrection, c’est cela aussi : ne pas dire à Dieu ce qu’il devrait faire pour nous, mais lui demander simplement de venir, de faire au mieux, et de nous dire quoi faire. 

 

Jésus demande alors « Où l’avez-vous mis ? » 

Excellente question. Qu’avons-nous fait de notre frère ou sœur souffrant ? 

L’avons-nous enterré dans un coin pour qu’il ne nous dérange pas avec son odeur de mort ? 

Qu’avons-nous fait de cette part de nous-même qui est souffrante et que nous laissons pourrir dans un coin ? 

Qu’avons-nous fait de nos injustices passées, les nôtres et celles de notre peuple, de notre église, de notre famille ? 

Les cachons-nous sous de faux prétextes pour nous justifier à nos propres yeux…
« Où l’avez-vous mis ? » nous dit Jésus, dans quels placards avez-vous caché vos cadavres ? 

 

Déjà un peu ressuscitées elles-mêmes, dans leur début de confiance, les deux sœurs vont alors trouver la force d’inviter Jésus à s’avancer encore plus près de celui qui est et qui reste son ami, et il ira. 

Il ira enfin au chevet de notre problème car cela a pris un temps trop long pour ce qui nous semble juste, c’est peut-être décevant pour nous qui croyons si souvent que Dieu est un magicien. 

 

Mais il lui faut du temps pour nous amener à la vie. Il nous faut du temps, non pour convaincre Dieu de se rendre présent sur le lieu de notre mal, mais plutôt pour que nous ayons suffisamment de confiance pour lui demander de venir là, précisément où ça ne va pas dans notre existence. 

Cela demande une double confiance, confiance dans la capacité de Dieu à faire quelque chose, et confiance dans sa capacité à nous aimer malgré cette puanteur, comme seul un véritable ami peut le faire.

 

« Enlevez la pierre » dit alors Jésus. 

Ils hésitent, « Seigneur, il sent déjà »

C’est bien commode un tombeau étanche pour ne pas avoir honte de ce que nous sommes, honte devant Dieu, devant les autres, mais surtout, honte à nos propres yeux. 

Pourtant, il faut aller au fond des choses. Le Christ peut nous y aider, avec cette confiance qu’il nous donne dans l’amour de Dieu nous n’avons plus à avoir peur de laisser entrer sa lumière dans nos tombeaux. 

Ce sont justement nos parts d’ombres qui ont besoin de sa lumière. 

 

« Seigneur, viens voir » et je serai ressuscité. 

Si l’on veut un peu aider les autres, comme ceux qui aiment Lazare le font ici, il ne faut pas avoir peur de ce qui sent mauvais. 

Nous avons déjà bien du mal à résoudre nos propres problèmes…, alors que pourrions-nous faire pour aider les autres ? 

Mais accompagnés par le Christ c’est là qu’ensemble nous « verrons la gloire de Dieu ! » (versets 39 et 40) 

Pour que nos « prochains » aient ce début de confiance nécessaire, il faut qu’ils aient une idée de l’amour de Dieu et qu’ils cessent alors un peu d’avoir peur de sa lumière sur leurs coins de ténèbres (Evangile de Jean, chapitre 3, verset 19). 

Nous avons là une descente aux abîmes grâce à Dieu, une descente au cœur du lieu où séjourne en nous ce qui est mortifère.

 

Si Jésus peut y aller c’est parce qu’il est appelé par les proches de Lazare, et ce sont eux qui roulent la pierre. 

Le rôle de nos proches est essentiel. 

Il est parfois difficile de s’en sortir seul, même avec l’aide de Dieu : Nous avons besoin des autres pour qu’ils amènent le Christ à notre porte, pour qu’ils enlèvent les lourdes pierres qui font obstacle entre lui et nous, et les fines bandelettes qui nous empêchent d’avancer.

 

Alors, enfin, Dieu nous ressuscite un peu. 

Jésus prie pour dire à tous que c’est à Dieu qu’en revient la gloire, même pas à lui. 

La religion, la théologie, les sacrements ne sauvent pas : ils ne sont que des appels du Christ, des roulages de pierre, un débobinage de bandelettes. 

Mais la vie vient de Dieu. 

Elle arrive comme un miracle, nous dit ce récit, comme quelque chose qui est absolument impossible à nos seules forces, même avec l’aide de bons amis solidaires de notre mal. 

 

Puis Jésus s’adresse à Lazare pour lui proposer de sortir. 

Et Lazare sort… 

Cela Dieu ne peut pas le faire à notre place, comme il ne peut nous forcer à être libres, ni à ouvrir les yeux, ni à nous servir de ce cœur qu’il veut animer, ni à avoir confiance en lui si nous ne voulons pas voir ce que le Christ a accompli.

 

Puis Jésus dit encore « Détachez-le et laissez-le aller. » 

Si nous aidons les autres, c’est pour qu’ils soient libres et autonomes, à l’image de Dieu qui nous donne la vie mais aussi la liberté. Voilà ce qu’on pourrait appeler une « feuille de route » pour tout croyant, pour toute Eglise dont l’Entraide est une part entière.

Amen.

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