Prédication
Nous avons réécouté ensemble le récit de la découverte du tombeau vide dans l’Evangile de Jean. Avec Hervé, nous souhaitions ce matin prendre le temps de nous laisser habiter par ce qui pouvait être l’état d’esprit de Marie-Madeleine, Pierre, Jean ce matin-là devant le tombeau vide : l’incompréhension, la peur, le doute.
Nous avons ensuite partagé la Cène. 2000 ans après, à notre tour, toujours face à ce tombeau vide du matin de Pâques, nous refaisons le geste qu’il nous a laissé, nous partageons le pain et le fruit de la vigne comme frères et sœurs du même Père pour annoncer la venue d’un monde nouveau, Règne d’amour, de paix et de Justice.
Et voilà que résonne maintenant, les mots de l’apôtre Paul dans l’épître aux Colossiens, comme un cri, un appel vibrant à ne pas rester coincés, à ne pas s’arrêter devant le tombeau vide d’y a 2000 ans, à ne pas simplement faire mémoire mais à vivre aujourd’hui et maintenant de cette résurrection !
« Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Autrement dit, cet événement du matin de Pâques, cette résurrection de Jésus n’a de sens que si elle transforme concrètement nos vies. Françoise Dolto, dans L’Évangile au risque de la psychanalyse, dit une chose magnifique : « Jésus est le re-suscitant. » Il n’est pas seulement celui qui est ressuscité, mais celui qui re-suscite, qui suscite toujours à nouveau nos désirs, nos espérances, une vie encore et toujours renouvelée. Celui qui nous relève, qui nous remet en mouvement, qui nous fait passer de la peur à la joie, du désespoir à l’espérance.
Mais cela n’est possible que si le Christ fait sa demeure en nous. En fait ce jour-là, Jésus a passé le relai à ses disciples et nous passe le relai aujourd’hui encore pour que ce soit nous qui sortions de nos tombeaux et que nous puissions en témoigner. Comme sur ce tableau. Certes, le Christ n’est plus physiquement à nos côtés mais il s’efface pour habiter en nous. Et nous devenons alors porteurs et porteuses du Christ.
Paul le disait avec ces mots :
« Si donc vous vous êtes réveillés avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. » (Epître aux Colossiens, chapitre 3, verset 1)
Par la foi en lui, la mort est vaincue, elle n’aura jamais le dernier mot et surtout la foi en résurrection m’engage à la vivre, m’engage à refuser de m’attacher à ce qui me tire vers le bas, ce qui me détruit ou éteint mon désir de vivre ou celui des autres pour fixer les yeux sur la vie dans toute sa lumière.
Le Christ ne nous demande pas de nier la nuit, qu’il a d’ailleurs traversée dans sa plus grande obscurité mais il nous appelle de devenir ces passeurs d’aube — ceux qui, même dans l’heure la plus sombre, savent que le jour se lève déjà quelque part. « Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu », dit Paul. Cachée, mais vivante. Comme la sève sous l’écorce, comme le chant de l’alouette avant l’aurore.
« Pensez à ce qui est en haut, et non pas à ce qui est sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. »
Changement de regard… conversion du cœur… qui se traduit en actes concrets.
« Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. » Par ses mots, Paul évoque une rupture. Il y a un avant et un après la résurrection. Plus rien ne peut être comme avant. Le vieil homme, la vieille femme que j’étais, parce que le Christ est en moi, devient une nouvelle créature.
Voilà la résurrection en train de se faire : pas un coup de baguette magique, mais l’entêtement du vivant. Une graine qui éclate sous l’asphalte. Un rire qui perce le silence après les larmes. Et l’assurance, aussi que les êtres qui nous sont chers et qui nous manquent vivent toujours, autrement. Changement d’état, comme la chenille qui devient papillon en laissant sa chrysalide derrière lui.
Le Christ ressuscité n’est pas simplement une belle idée théologique ou une histoire du passé. Il est une présence qui nous habite, qui nous relève, qui nous envoie.
Alors, aujourd’hui, vivons en ressuscités :
- En regardant la vie et notre monde avec les yeux de la foi.
- En osant croire que nos désirs les plus profonds sont appelés à la vie.
- En laissant la joie de Pâques nous habiter, nous faire danser, nous faire chanter !
Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Et c’est à nous, aujourd’hui, de le vivre et de le proclamer.
Amen.