Prédication
Un des textes du jour est un avant-goût de la Pentecôte. Il est extrait du livre des Actes, ce petit ouvrage attribué à Luc, écrit en grec, qui se situe dans le Nouveau Testament, juste après les quatre Evangiles. Nous sommes en 30 de notre ère, presque deux mois après la mort de Jésus. Et c’est Pierre qui parle ici .
Pourquoi ai-je choisi ce texte ?
Parce qu’il est un petit résumé de la foi des tout premiers chrétiens, et la nôtre. Il redit l’essentiel du message chrétien.
Parce qu’il nous parle de mission, et qu’il interroge l’Eglise de Rennes sur sa propre mission.
Parce qu’il évoque une promesse et un horizon.
Quel est l’essentiel du message chrétien ?
Jésus avait prêché peu de temps, et son enseignement pouvait se perdre parmi les divers courants du judaïsme, parmi les multiples religions qui se concurrençaient au Moyen Orient et dans l’Empire romain du premier siècle. Frère, sœur, avant de relire ce que le rédacteur des Actes place dans la bouche de Pierre, je m’adresse à toi. Toi comment résumerais tu la foi chrétienne en quelques mots ? Toi, qui viens peut être pour la première, toi qui vois cela un peu de l’extérieur ? Toi qui doutes aussi, c’est quoi fondamentalement le christianisme ?
Silence
Pierre ne dit pas ce qu’on entend souvent, et qui n’est pas faux, c’est la religion d’un homme qui enseignait l’amour du prochain -oui, mais on en a pas l’exclusivité. Pierre ne dit même pas ce qui sera souvent répété, c’est la religion du fils de Dieu venu sauver l’humanité. Pierre donne aussi brièvement cet autre définition du christianisme : la religion de ceux qui pensent que Jésus de Nazareth est le messie promis par Dieu. Mais ce n’est pas ce qu’il développe.
Ce qui est le cœur de son témoignage, c’est la résurrection de Jésus. Dieu a relevé de la mort Jésus. Et il ajoute « Nous en sommes témoins ». Chrétiens, ce qui fait notre absolue originalité par rapport à nos amis Juifs, Musulmans, et des autres grandes spiritualités, ce qui fait que nous nous réunissons le dimanche au culte, c’est que nous témoignons de ce cataclysme, de cette révolution qui heurte le sens et l’expérience communes, qui pose un défi vertigineux à notre raison : Jésus de Nazareth qui était mort est vivant.
Non pas seulement dans notre souvenir, sinon le christianisme aurait vite disparu. Cette porte ouverte dans la mort par celui qui expira publiquement est le fondement et le cœur du réacteur de la foi chrétienne. La résurrection de Jésus fait entrer le fils de l’homme, Jésus, et l’humanité à sa suite, dans une autre dimension. La foi de Pâques : Jésus est vivant, les pèlerins d’Emmaüs l’ont reconnu et cette vie de Jésus au-delà de sa mort, permet à chacune, chacun comme Cléopas, de le reconnaître et de devenir à son tour témoins de cette résurrection. Ce triomphe de la mort fait de Jésus le Seigneur . C’est ce que dit Pierre et c’est la seule chose qui est demandée à celle ou celui qui veut rejoindre l’Eglise protestante unie. Jésus est le Seigneur.
Cette bonne nouvelle, on ne peut pas la garder pour nous, car c’est comme le dit le texte, une parole qui bouleverse, qui relève, qui change tout. Oui, mais comment ? Grimper sur une boîte à savons avec une bible dans les mains ? C’est un peu passé de mode depuis le XIX eme et cela n’aurait pas beaucoup d’impact sur nos contemporains. L’Eglise protestante unie se veut Eglise de témoins, pas une communauté plan plan de gens honorables. Pierre rejoint les foules de Jérusalem dans leur vie et leur actualité. On le sent bien, c’est en périphérie sans doute que nous devons aller. On ne peut ignorer les réseaux sociaux et le monde numérique, malgré les pièges et les dangers de ces medias. S’en passer ce serait comme si les Réformateurs avaient oublié la nouveauté de l’imprimerie. Témoigner avec d’autres, avec beaucoup d’autres. Pierre évoque avec force une nouvelle donnée, avec laquelle il faut compter : Jésus relevé de la mort a reçu l’Esprit Saint, qu’il répand. L’Esprit souffle où il veut, j’espère dans ce temple, mais ailleurs à Rennes, et probablement là où nous ne l’attendons pas. Nous sommes tous appelés à témoigner dans la bienveillance, en paroles et en actes, dans nos familles -ce n’est pas toujours le lieu le plus facile- dans nos lieux de travail, de retraite, de militance ou de loisirs. Tous, même toi qui doutes (douter c’est déjà croire), même toi qui es juste baptisé, même toi qui viens pour la première fois.
La promesse est grande, nous pouvons donner une espérance sans illusions, l’Evangile sans le contrefaire, comme l’avertit Léon XIV, sans l’instrumentaliser à notre service. Cette promesse de vie, elle est destinée à nos enfants, comme le dit Pierre. Je crois qu’il faut reprendre sans se décourager, ce défi de la transmission. Nos adolescents, nos jeunes adultes, vivent dans un monde complexe, souvent anxiogène, exposés à un flux permanent jour et nuit d’informations, de vérités alternatives, d’influenceurs de tous poils. Leur dire qu’il y a aussi cet homme de Galilée exigeant et aimant qui a traversé la mort, leur dire qu’il y a aussi l’Evangile si vieux mais si frais, ce n’est pas peine perdue, témoigner par nos actes, car les jeunes sont très sensibles à la cohérence et à la justice ou pas de nos comportements. Voilà pourquoi le travail de Claire-Lise de tous ceux et celles qui organisent des événements pour la jeune génération, est si précieux. La promesse du Royaume concerne ceux qui sont loin, comme dit le texte, ceux et celles qui sont loin par leur culture, leur vie.
Ainsi je crois que nous devons à notre tour témoigner de la résurrection de Jésus.