Prédication: Dimanche 3 mai 2026

Prédication à partir du chapitre 6, versets 1 à 7, du livre des Actes des Apôtres par le pasteur Hervé STÜCKER.

Texte Biblique

Livre des Actes des apôtres, chapitre 6, verset 1 à 7

 

En ces jours-là, comme les disciples se multipliaient, les gens de langue grecque se mirent à maugréer contre les gens de langue hébraïque, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien.Les Douze convoquèrent alors la multitude des disciples et dirent : Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Choisissez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de qui l’on rende un bon témoignage, remplis d’Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cela. Quant à nous, nous nous consacrerons assidûment à la prière et au service de la Parole. Ce discours plut à toute la multitude. Ils choisirent Etienne, homme plein de foi et d’Esprit saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche. Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.
La parole de Dieu se répandait, le nombre des disciples se multipliait rapidement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres obéissait à la foi.

 

Traduction: Nouvelle Bible Segond

Crédit: RosZie/Pixavay

Prédication

Le récit dont nous venons de partager la lecture dans le livre des actes des apôtres se place donc bien après la mort et la résurrection de Jésus.
Temps de Pâques que nous vivons actuellement dans le cadre du rythme liturgique chrétien.

 

Des petites communautés naissent de cette idée folle de la résurrection.
Idée qui devient de plus en plus conviction.
Conviction qui bouleverse la vie de ces hommes, de ces femmes : Elle les sidère surement…
Dans les premiers moments, peut-être y a-t-il eu de la stupeur… mais petit à petit, ces communautés se mettent en mouvement…

 

En marche (et n’y voyez aucune allusion à un quelconque courant politique, merci ! ), en marche vers un avenir à construire avec cette présence de Dieu : une espérance, une joie, un mouvement qu’est celui du peuple des baptisés à travers les siècles… depuis qu’un fils de charpentier à marcher avec quelques hommes et quelques femmes sur des chemins de Palestine… depuis qu’à travers ses mots, ses gestes, ces hommes, ces femmes le reconnurent comme fils de Dieu.

 

Nous sommes ce peuple en marche… avec tant d’autres.

 

Oui mais marcher avec Dieu, marcher ensemble, cela consiste en un peu plus que de mettre un pied devant l’autre….

Marcher, c’est aussi regarder : devant soi, autour de soi.

Et voir et partager avec ce peuple en marche.

 

Ce texte des actes des apôtres nous interroge sur ce regard…

 

Luc nous dit qu’un ensemble de chrétiens est constitué dès l’origine de cette marche. Il est destiné au service des plus déshérités et remonte aux origines de l’Église. 

C’est ce que Luc, l’auteur du livre des Actes a retenu quand il publia son récit 30 ans après l’événement relaté ici. 

C’est même une des toutes premières initiatives prises à ce moment-là, comme si le bien être des plus démunis faisait partie d’un des enseignements essentiels qu’ils avaient retenus de l’enseignement de leur maître. 

Luc en a fait état pour aider les premières communautés chrétiennes qui cherchaient à s’organiser dans tout le bassin méditerranéen et qui se servait des écrits de Marc, Matthieu et Luc pour s’édifier en communautés de foi. 

 

Luc a sûrement écrit ces mots pour « enseigner » l’Église balbutiante mais il était assez perspicace pour déceler que les choses ne s’étaient pas passées aussi heureusement qu’il le raconte.

 

Oui, son but était d’édifier l’Église et non pas de polémiquer. 

A le lire avec un peu d’attention, on remarque aisément que des tensions subsistaient entre les membres de l’Église naissante, et pas forcément, là où on croyait les discerner. 

Qu’on me pardonne si je mets en cause l’harmonie que l’on croyait exister entre ses membres de la première Église. Bien évidemment ces dysfonctionnements avaient des causes qui rejoignaient sans doute les mêmes dysfonctionnements que l’on note encore aujourd’hui dans nos Eglises. 

 

Il y avait parmi les membres de la première église des gens qui subissaient une discrimination à cause de leur origine païenne et bien évidemment on les distinguait grâce à la langue grecque qu’ils parlaient, alors que les apôtres et les gens d’origine juive parlaient l’araméen, dialecte de l’hébreu.

Et puis il y avait ces femmes qui n’avaient pas la protection d’un mari, d’un père, d’un fils adulte… Ainsi naissent aussi les discriminations sociales qui déteignent dans les communautés religieuses… Hélas…

 

On peut imaginer que les pauvres d’origine juive, donc officiellement de religion juive, pouvaient trouver des subsides en se réclamant de la générosité que le Temple devait octroyer à ses pauvres.

Cela relevait même d’un commandement. 

 

Les grecs, n’étant pas d’origine juive ne pouvaient réclamer le même droit et, de fait, ils ne trouvaient pas leur compte auprès de la communauté.

 

Cette situation insupportable va trouver un remède qui apparemment va satisfaire tout le monde, mais qui, sous couvert d’une « apparente justice » va sans doute couvrir une « profonde injustice ». 

 

En fait, le problème de la langue et du manque de ressources parait secondaire. Il semblerait que la plupart des membres de cette fraction de langue grecque étaient issus de la diaspora juive et vraisemblablement bilingues, comme Paul à qui Luc consacrera la plus grande partie de son livre. 

Par contre, ceux qui sont appelés ici, les Hébreux, dont faisaient partie les apôtres, et notamment Pierre étaient uniquement de langue juive. 

Y avait-il déjà, chez les gens de langue grecque, une tendance à s’imposer du fait de leur bilinguisme et de leur grande culture? La suite nous montrera que c’était peut-être le cas et qu’il y avait peut-être sous-jacent à ce problème de «tables», un problème de rivalité et de jalousie qu’il va nous falloir débusquer.

 

Pour l’instant, apparemment, le problème était celui des pauvres et pour le régler on avait eu recours à une sorte d’élection au suffrage universel pour désigner 7 membres d’origine grecque qui géreraient cette difficulté.

Quoi de plus équitable que la démocratie pour régler un problème litigieux ?
L’Eglise Protestante Unie, notre Eglise fonctionne a peut près de cette façon…

 

Bien évidemment les plus fougueux parmi eux étaient connus de tous. 

Ils furent donc désignés par le suffrage universel, avec en premier, Étienne et Philippe dont le livre des Actes parlera très vite après. 

Les apôtres sacralisèrent leur élection en leur imposant les mains, alors qu’au premier chapitre du livre, on nous dit que Matthias qui fut appelé comme apôtre pour remplacer Judas n’avait pas eu droit à un tel geste de faveur. 

 

L’intention maintenant était de donner au nouveaux élus un ministère nouveau qui les cantonnerait dans une fonction reconnue: le service des tables. Les voilà donc apparemment écartés de la fonction d’enseignement désormais réservée aux apôtres… 

 

Il semble donc que sous couvert d’aider les pauvres, on ait trouvé un moyen de remédier à deux problèmes : celui de maintenir les apôtres dans leur privilège d’enseignement et celui de la supériorité de la langue hébraïque sur le grec.

 

Mais vous l’avez compris, ça ne s’est pas passé comme cela.

Les plus déterminés parmi les nouveaux promus, ceux que l’on voulait écarter du ministère de la parole réservé aux apôtres, vont quand même se consacrer au ministère de l’enseignement … Et avec succès.

 Dans les pages suivantes du récit, on nous présentera Étienne et Luc en pleine action. Étienne sera même le premier martyr et Luc consacrera tout un long passage à décrire avec émotion la grâce qui émanait de lui lors de son supplice. Curieusement, quelques pages plus loin, on ne fera que mentionner le supplice de Jacques, le premier apôtre martyr. 

 

C’est comme si dans ce récit la faveur de l’auteur semblait passer des apôtres de langue juive aux judéo-chrétiens de langue grecque. Il faut dire que dans l’Église de Luc, 30 ans après, le nom d’Étienne avait été sans doute conservé alors que celui de Jacques avait déjà été oublié. 

Quant à l’apôtre Pierre, même si pendant quelques pages, il reste apparemment favori dans le texte, son personnage finira vite par être éclipsé en faveur de Paul et à disparaître lui aussi du récit.

 

Tout se passe ici comme si le nouveau collège instauré par l’élection et l’imposition des mains était comme une sorte de clergé destiné à remplacer le groupe des apôtres qui étaient sans doute tous morts au moment de la rédaction de ce texte. 

Les apôtres ne sont plus et la langue grecque a supplanté l’hébreu. 

Il semblerait ici que Luc considère que c’est la langue dominante du lieu où on se trouve qui doit être la langue de l’Église, à la différence de la synagogue qui considérait que l’hébreu devait s’imposer de partout là où le culte juif était célébré. C’était sans doute une des questions qui se posait vers les années 80 alors que le schisme entre l’Église et la synagogue n’était pas encore vraiment consommé. 

 

Tout au long de mon propos je n’ai pas utilisé le terme de diacre que la tradition a retenu pour désigner le ministère des 7 promus. Il n’est pas utilisé dans le récit mais le sera plus tard dans l’Église pour désigner ceux qui sont chargés du service des pauvres. Bien évidemment on réservera d’autres termes pour parler de ceux qui sont chargés de l’enseignement tels celui de prêtre. La fonction de service continuera donc à être considérée comme seconde par rapport à celle de celui qui enseigne. 

 

Mais nous retiendrons de ce texte que c’est la notion de service qui est première dans toutes les fonctions qui sont retenues par Luc, car c’est en étant au service des plus faibles qu’on est fidèle à l’Évangile.

Ce n’était pas le but de ceux qui ont instauré la fonction, c’est pourtant ce but qui s’est réalisé, car le saint Esprit était à l’œuvre pour que cette vérité s’impose.

Une Église est en marche que là où des femmes et des hommes s’engagent.

Amen.

 

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