Partageons nos lectures: Le chemin de l’homme

En manque de lecture cet été? Voici une suggestion d'Hélène qui concerne un petit texte du philosophe Martin Buber.

Le chemin de l'homme de Martin Buber

Après Patrick et Jane, je vous partage une lecture qui m’a intéressée et pourrait retenir l’attention de certains d’entre vous. Il s’agit d’un petit livre de Martin Buber, intitulé « le chemin de l’homme ». Il s’agit d’un texte court (50 pages), qui dans l’édition française, précède un autre texte plus long, le problème de l’homme, texte très philosophique que je ne décris pas ici.

 

Martin Buber (1878-1965) est un historien des religions, philosophe, traducteur de la Bible, considéré comme un grand penseur du 20ième siècle et l’initiateur de la pensée juive moderne. Né à Vienne et mort en Israël, où il s’était réfugié en 1938 pour fuir le nazisme, il a été en dialogue avec de nombreux philosophes de son temps et son travail est présenté comme proche de celui Emmanuel Levinas et de Gabriel Marcel. Il s’est intéressé au dialogue judéo-chrétien et a consacré une grande partie de sa vie à recueillir et à traduire les récits hassidiques.

 

Je ne suis pas férue de philosophie et je ne connais pas vraiment le hassidisme (courant mystique du judaïsme) ; je précise juste ci-dessus les éléments de contexte, mais j’ai, pour ma part, fait une lecture, naïve, un peu premier degré du « chemin de l’homme ».  

 

Dans ce livre, Martin Buber trace un chemin pour la vie spirituelle, chemin qui va d’un retour sur soi-même à une exhortation à « entretenir des rapports saints avec le petit monde qui nous est confié, (…) afin de ménager à Dieu une demeure en notre lieu ». Le livre est court, mais un peu difficile à lire car très dense. Il oblige à y revenir et à méditer un peu ce qui y est écrit.

 

Tout commence par un retour sur soi, que Buber décrit en partant de l’adresse de Dieu à Adam : « Adam, où es tu ? ». Au passage, Buber nous indique que cette question posée par Dieu, comme s’il ne savait où est Adam, doit en réalité être comprise comme une adresse au lecteur de la Bible. C’est à lui que Dieu demande : où est tu ? Où en es-tu, dans ta vie ? «De ceux qui te sont impartis, tant de jours ont passé, tant d’années, jusqu’où es-tu arrivé entre temps, dans ton monde ? ». C’est lorsqu’Adam affronte la voix de Dieu et répond, « je me suis caché », que commence le chemin de l’homme. Buber insiste sur le fait que ce retour sur soi est décisif, pour entamer le chemin, un chemin de liberté et qu’il ne fait pas le confondre avec d’autres retours sur soi, inféconds, mortifères, conduisant à l’enlisement.

 

Le chemin que l’homme emprunte en répondant à l’appel de Dieu est particulier, propre à cet homme (ou à cette femme), et à lui seulement. « Il incombe à chacun de bien savoir vers quelle voie le pousse son cœur et d’embrasser celle-ci ». « Nous devons appréhender ce qui, avant nous, a été accompli de service véritable. Nous devons le vénérer, nous devons en tirer leçon, mais nous ne devons pas l’imiter. (…) ce n’est pas un modèle que nous avons à copier ». « Nous devons faire, non ce qui a été fait, mais ce qui est à faire ». Pour Buber, « avec chaque homme, vient au monde quelque chose de nouveau, qui n’a pas encore existé », et chacun doit s’efforcer de trouver sa propre voie, qui est unique. « Dieu dit : tout ce que tu fais peut-être un chemin vers moi, pourvu que tu le fasses de telle manière que cela te conduise à moi ». Le hassidisme, et donc Buber, se méfie de l’ascèse, qui peut convenir à quelques-uns, mais « ne doit pas prétendre à dominer la vie de l’homme ». « Tout acte naturel, s’il est sanctifié, conduit à Dieu ».

 

Pour entamer son chemin, l’homme doit chercher à unifier son âme et commencer par soi-même. L’idée est que l’individu se considère comme une personne dont la transformation aide à la transformation du monde. « Le point d’Archimède duquel je peux, de mon lieu, mouvoir le monde est la transformation de moi-même. ». « Pour être à la hauteur de sa grande tâche, l’homme doit d’abord, par-delà le fatras des choses sans valeurs qui encombrent sa vie, rejoindre son soi, non pas le moi de l’individu égocentrique, mais le soi profond de la personne vivant avec le monde. » « Chacun doit maintenir et sanctifier son âme propre dans la manière et le lieu qui sont les siens et ne pas convoiter les lieux des autres. Chacun doit respecter le mystère de l’âme de son prochain et s’abstenir de l’utiliser à ses fins. Chacun doit, dans sa vie avec soi-même et dans sa vie avec le monde, se garder de se prendre lui-même comme but. »

 

Ainsi chaque homme doit faire retour sur soi-même, embrasser sa voie particulière, unifier son être, et commencer par lui-même. Mais, s’il s’agit de commencer par soi, il importe de ne pas finir par soi. Se prendre comme point de départ, mais non pour but. « Ce n’est pas de toi, mais du monde, qu’il faut te préoccuper ». 

 

Pour Buber, et cela mériterait d’être discuté d’un point de vue chrétien, le judaïsme, contrairement au christianisme, ne se préoccupe pas du salut de l’âme, de la félicité terrestre ou céleste du croyant. Chaque âme humaine est un élément servant dans la création de Dieu, qui est appelée à devenir le royaume de Dieu. Il s’agit pour elle d’influer sur le monde de Dieu, en s’oubliant et en songeant au monde. « Dans mon milieu que je ressens comme naturel, dans la situation qui m’est échue en partage, dans ce qui chaque jour m’arrive, me réclame, c’est là que réside ma tâche essentielle, là où est l’accomplissement de l’existence qui est à ma portée. » « Tout autour de nous recèle une substance spirituelle qui a besoin de nous pour atteindre sa forme parfaite, son achèvement ». « Ce qu’un homme fait ici et maintenant, dans la sainteté, n’est ni moins important, ni moins véritable que la vie du monde à venir ».

 

Le livre se termine sur l’idée suivante, que je trouve très belle. « Dieu veut entrer dans son monde, mais c’est par l’homme qu’il veut y entrer. Voilà le mystère de notre existence, la chance surhumaine du genre humain. » « Si nous entretenons des rapports saints avec le petit monde qui nous est confié, si nous aidons la sainte substance spirituelle à parvenir à son achèvement, alors nous ménageons à Dieu une demeure en notre lieu, alors nous faisons entrer Dieu ».

 

Voilà quelques citations de ce petit livre, dense, qui fournit de mon point de vue une sorte de sagesse pratique que je trouve très puissante et inspirée et que je voulais partager avec vous.

 

 

Informations:

 

  • Titre: Le chemin de l’homme
  • Auteur: Martin Buber
  • Editeur: Les Belles Lettres
  • Date de parution: 21 septembre 2015
  • Prix: 15€
  • Disponible à la bibliothèque du temple: Non (mais un autre texte de cet auteur est disponible)

Contact