Prédication: Dimanche 6 septembre 2026

Pour ce dimanche, la pasteure Claire OBERKAMPF nous a proposée une prédication à partir de la notion de sentinelle, presente chez le prophéte Ézéchiel.

Textes bibliques

Livre d’Ézéchiel, chapitre 33, versets 7 à 9

 

Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! Si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant pour le détourner de sa voie, et qu’il ne s’en détourne pas, il mourra dans son iniquité, mais toi tu as délivré ton âme. 

 

Traduction: Louis Segond 1910

 

Évangile de Matthieu, chapitre 18, versets 15 à 20 (la démarche de réconciliation)

 

Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute affaire se règle sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise ; et s’il refuse aussi d’écouter l’Eglise, qu’il soit pour toi comme un non-Juif et un collecteur des taxes. Amen, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.

Amen, je vous dis encore que si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander quoi que ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont rassemblés pour mon nom, je suis au milieu d’eux.

 

Traduction: Louis Segond 1910

 

Sentinelle : autrefois guetteur, qui a pour tâche de veiller, de surveiller.

Prédication

Chers amis,

 

Les lectures de ce jour, que nous partageons avec nos frères et sœurs catholiques, nous proposent deux textes qui évoquent des éléments essentiels dans nos vies : la responsabilité vis-à-vis d’autrui et vis-à-vis du monde qui nous entoure, l’attitude à mener en cas de conflit ou de péché, la recherche de réconciliation et la force de la prière partagée. Il y aurait beaucoup à dire tant ces textes sont riches, mais comme toujours, il m’a fallu faire des choix. 

 

Ce matin, il me semble intéressant de réfléchir un peu avec le prophète Ezechiel à la notion de sentinelle, qu’on peut aussi appeler guetteur, cette personne qui a pour tâche de veiller, de surveiller mais aussi d’alerter. Idée qui n’est pas sans lien avec l’extrait de l’Evangile de Matthieu dans lequel Jésus explique aux disciples comment œuvrer pour la réconciliation dans l’Eglise. 

 

Commençons par une petite mise en contexte.

 

Ezéchiel était un prêtre qui vivait à Jérusalem lors de la première attaque de Babylone sur la ville à la fin du 6ème siècle avant notre ère. Lors de cette attaque, Jérusalem a été épargnée mais une première vague de prisonniers israélites a été capturée puis envoyée en exil à Babylone. Ezéchiel en faisait partie. C’est donc en Babylonie, en exil, loin du temple, qu’il joue son rôle de prophète. Tout le livre raconte ses visions et les nombreux avertissements qu’il adresse aux israélites de la part de Dieu, concernant leur infidélité (ils adorent de faux Dieu), tout le désordre et l’injustice sociale qui s’en suit. A bien des reprises et notamment aussi dans le chapitre qui nous concerne, l’Eternel, par la bouche d’Ezechiel, appelle à la conversion, au changement de comportement tout en exprimant son amour qui est resté intact pour son peuple. Heureusement, la fin du livre s’ouvre sur un avenir d’espérance pour le peuple et même pour la Création tout entière – venez au culte de rentrée de dimanche prochain, le groupe Eglise verte nous en dira davantage !

 

Dans notre passage, la situation est très critique et le Seigneur précise à Ézéchiel sa vocation par une parabole. Ezéchiel est appelé à être sentinelle, veilleur. Dans l’Ancien Testament, c’est celui qui monte sur les remparts, qui scrute l’horizon, et qui, dès qu’il aperçoit un danger, sonne l’alarme pour que la ville puisse se préparer.
Dieu dit à Ézéchiel :
« Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! Si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. » (Ézéchiel, chapitre 33, verset 8)
Autrement dit : si tu vois un danger et que tu te tais, tu portes une part de responsabilité.
Intéressant.. Avant de voir en quoi cela peut nous interpeller aujourd’hui, allons regarder ce qui se joue dans le passage de l’Évangile selon Matthieu que nous avons lu.  L’extrait se situe juste après la parabole de la brebis égarée et juste avant la recommandation de pardonner 77 fois 7 fois à son frère qui a péché contre soi.

 

Jésus y propose une méthode, pour gérer les conflits au sein de l’église. Jésus dit :
« Si ton frère a commis une faute, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. »(Évangile de Matthieu, chapitre 18, verset 15)

 

Première chose à faire donc, aller voir la personne seule à seule.

S’il n’y a pas d’entente mutuelle, la deuxième étape consiste à aller chercher deux ou trois témoins .. puis, enfin, de le dire à l’Eglise. 

 

Pour être honnête, lorsque je lis ce passage, je pense tout de suite avec effroi à ce que les églises en ont fait au cours des siècles : une discipline rigide et parfois humiliante, camouflée sous la belle expression « d’admonestation fraternelle » allant parfois jusqu’à l’excommunication. Et puis la prise de pouvoir du clergé, qui seul a l’autorité d’accorder ou non le pardon de Dieu, grâce au « pouvoir des clefs » dont seul Saint Pierre serait le détenteur. Alors que le texte est très clair, le pouvoir de lier et délier est étendu à chaque disciple, le pardon est la première forme de sacerdoce universel !

Car l’objectif n’est pas de savoir qui a raison ou tort, de transformer l’église en tribunal mais de « gagner » son frère ou sa sœur. Jésus ne demande pas à ses disciples d’être des juges, mais des artisans de réconciliation. Il nous faut cependant rester vigilants justement et unis au Christ car nous avons vite fait de juger l’autre plutôt que de l’aimer.

En tous cas, ce qui m’intéresse dans la mise en parallèle de ces deux passages c’est qu’ils semblent dénoncer la passivité.

 

Dans le premier, si Ezéchiel se tait, il est co-responsable du mal, dans le second, l’essentiel est sans doute que le péché soit nommé, que la Parole soit partagée pour avancer vers une réconciliation possible. Dans les deux cas, le non-dit, ou le dire à la mauvaise personne, est la pire des choses à faire et la parole partagée est une victoire.

 

Nous sommes près de deux millénaires plus tard et les temps ont bien changé, avec les moyens de communication que nous connaissons. Les réseaux sociaux ont remplacé les remparts d’autrefois. Formidable porte-voix pour alerter et sensibiliser le plus grand nombre mais aussi formidable moyen de faire circuler des fausses informations, des fausses accusations qu’il est alors très difficile de corriger.

 

Il y a aussi le choix de la facilité qui peut être dévastatrice…  Dès qu’il y a un problème, un conflit, une injustice, tout le monde est au courant… avant même la personne concernée ! Certains commentent, partagent, s’indignent voire insultent en ligne, bien planqués derrière leur écran… comme sur X, Tik tok ou Instagram par exemple. Mais pensons aussi à Whatsapp et ses multiples groupes et sous-groupes de discussion qui permettent en quelques secondes de parler de quelqu’un derrière son dos en oubliant l’étape la plus importante : aller voir la personne en face. Nous faisons cela parfois même avec l’intention de l’aider ! (c’est le cas dans beaucoup de familles par exemple) on s’inquiète, alors on va tenter de trouver des « solutions » pour elle… sans elle. En cas de conflit, un tel procédé l’envenime, les malentendus s’accumulent, et la réconciliation devient de plus en plus difficile.

 

J’ai entendu dire l’autre jour qu’une paroisse divisée avait décidé de supprimer Whatsapp. Les membres de la communauté s’étaient remis à parler en face à face et en vérité et cela avait grandement aidé au pardon mutuel !

 

Mais revenons à cette idée de sentinelle, de veilleur… Il me semble que nous aussi, en tant qu’Église et en temps que chrétiens, nous sommes appelés à tenir ce rôle prophétique de sentinelle, en alertant quand il y a danger, injustice, quand certains comportements collectifs menacent la santé de la société voire même la vie sur terre. 

 

Alors que nous sommes dans le mois de Septembre, appelé «  Temps pour la Création » dans nos Églises, songeons au dérèglement climatique. Il serait assez juste, je crois, de le qualifier de « péché collectif » de notre époque. Effectivement, le péché, dans la Bible, n’est pas qu’une faute individuelle. C’est d’abord la rupture de la relation avec Dieu, avec les autres, et avec la Création toute entière. Comment ne pas repenser à l’été caniculaire que nous venons de vivre -encore une journée bien trop chaude aujourd’hui- conséquence des politiques menées ces dernières décennies… 

 

Dans le livre de la Genèse, Dieu confie à l’humanité la mission de « cultiver et garder la Terre » (Genèse, chapitre  2, verset 15). Le mot hébreu utilisé pour « garder » est  שָׁמַר (shamar), qui signifie « protéger, préserver, veiller sur ». Et oui ! on retrouve la même idée de veille et de responsabilité que chez Ezéchiel. 

 

Or, aujourd’hui, nous avons failli à cette mission. L’humanité a exploité la Terre sans limite, pollué les océans, déforesté les forêts, et réchauffé le climat à un rythme sans précédent. 

 

L’Église, toute l’Église, pas seulement le groupe Eglise Verte, ne doit-elle pas parler, apporter une parole — la Parole de Dieu — qui appelle à la conversion et qui apporte la vie ? Et si elle ne prend pas sa part, qui sera responsable ? 

 

Le prophète Ézéchiel nous fait voir, dans sa personne et dans sa vocation, que nous avons une responsabilité sociale et même une responsabilité politique : celle de parler pour combattre le mal. Les chrétiens et l’Eglise doivent parler ; sinon, nous sommes infidèles à notre vocation. Et nous perdons notre force de témoins.

Mais ne nous trompons pas de cible. Il ne s’agit pas de faire encore une fois un discours culpabilisant. Il s’agit là d’un message de salut. C’est un appel à sortir du péché. C’est le cri d’amour de Dieu qui traverse toutes les Ecritures par la bouche des prophètes : « Reviens ! » En effet, si Dieu, par la voix du prophète, par la voix de celles et ceux qui croient en lui, ne parlait pas, n’appelait pas, alors son amour ne se manifesterait pas. C’est pour cela que ce qui est dit à Ezéchiel sur son éventuel silence est si grave. La grâce de Dieu est là. Pour celle ou celui qui s’écarte, elle reste là. Elle attend, elle appelle.

 

Tout message de Dieu est message de grâce, de salut, de délivrance. Il s’agit de sortir du péché, de ne pas s’y laisser enfermer. Le message à délivrer l’est pour manifester l’amour de Dieu. 

En tant que baptisés, nous sommes ses prophètes aujourd’hui ! Serons-nous sa voix ?

Et n’oublions pas que le danger du repli sur soi est toujours présent. Le danger de se désintéresser du voisin ou de ce qui se passe à l’extérieur de nos murs. Notre vocation de chrétiens et d’Eglise consiste à travailler à sauver les individus et la société des maux qui les menacent. Pas nous tout seuls, mais avec la puissance de Dieu qui travaille par nous. 

Nous ne sommes pas seuls. Dieu œuvre en nous pour réparer ce qui est brisé – que ce soit une relation humaine ou notre relation avec la Terre.

Et Jésus le dit dans ce passage par cette promesse extraordinaire :
« Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » (Évangile de Matthieu, chapitre 18, verset 20)


Cette promesse est souvent citée pour parler de la prière – promesse que nous vivons concrètement lors du temps de prière du mardi ici-même – , mais elle a aussi une portée bien plus large. Elle signifie que :

  • Quand nous osons aller vers l’autre pour la réconciliation, Christ est là.
  • Quand nous nous rassemblons pour prendre soin de la création, Christ est là.
  • Quand nous agissons, même à deux ou trois, pour changer les choses, Christ est là.

Alors, pour conclure, si nous essayions de mettre en pratique cet appel à ?

  1. Devenir des veilleurs : comme Ézéchiel, observer ce qui ne va pas autour de nous – dans nos relations, notre société, notre rapport à la création – et avertir avec amour. Ne pas nous taire !! comme sentinelles, nous avons le devoir de sonner l’alarme, non pas pour accuser, mais pour appeler à la conversion des cœurs.
  2. Devenir des artisans de réconciliation : comme Jésus nous y invite, oser la parole directe, sans détour, sans médisance, avec pour seul but de gagner, d’élever notre frère, notre sœur.
  3. Agir pour la Création : car prendre soin de la Terre, c’est aussi aimer notre prochain comme nous-mêmes, aujourd’hui et demain.

 

Que le Seigneur nous soit en aide,


Amen

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