De l’intérêt des Ateliers Bibliques

Vous n'êtes jamais venus aux ateliers bibliques et vous vous demandez peut-être pourquoi venir? Voici la réponse du pasteur STÜCKER.
Affiche atelier biblique

Crédit: EPUdF Rennes/ Raphaël KOHLER

La théologie de l’apôtre Paul

Depuis de nombreuses années, un atelier biblique rassemble tous les mois (2 séances : une un mardi après-midi, une un samedi matin) des personnes de tout âges se penchant sur le texte biblique.
Mais quel en est l’intérêt ? Depuis des siècles cette « bibliothèque » (66 livres quand même !) a été lue et relue, méditée et commentée dans tous ses détails : Quand dire de plus ?

 

Eh bien justement… C’est peut-être qu’à force de la relire, nous en perdons peut-être la saveur. La Bible, en en particulier les Evangiles, sont des textes « révolutionnaires » qui nous bousculent, dérangent, interpellent, secouent, mettent à mal nos confortables certitudes pour nous lancer dans l’aventure humaine, chemin sur lequel Dieu marche avec nous.
« Ce qui vient au monde pour ne pas déranger ne mérite ni attention, ni égard » (Mark Twain) : En cela la Bible mérite tout notre attention et notre égard !

 

Cette année, les ateliers bibliques se penchent sur la théologie de l’apôtre Paul à travers ses lettres aux Galates et aux Ephésiens.
Au fait, vous savez ce qu’est un apôtre ? Le mot apôtre vient du verbe grec apostellô qui veut dire envoyer. Être apôtre, c’est être envoyé par une autorité, être chargé d’une mission. 

Il s’agit d’une chaîne de transmission : Jésus est l’envoyé de Dieu, à son tour il envoie ses disciples qui deviennent apôtres. Paul se situe dans cette chaîne de transmission et revendique ce titre, mais il n’est pas le seul : ses adversaires, ceux qui prêchent un autre évangile aux Galates, se présentent également comme apôtres. Il y a donc des revendications de part et d’autre. Comment les Galates peuvent-ils alors décider qui suivre et selon quels critères ?

 

On a longtemps pensé que le mot « apôtre » dans le Nouveau Testament ne désignait que des hommes. Or la recherche récente remet cette affirmation en question. Dans la lettre aux Romains (Ro. 16,7), Paul termine sa lettre par des salutations personnelles qu’il adresse entre autres à Andronicus et Junias. Ce personnage nommé Junias serait en réalité, selon l’hypothèse d’Eldon Jay EPP (Théologien et historien du christianisme primitif), Junia, donc un prénom féminin. Il existerait donc dans l’entourage de Paul une femme apôtre !!

 

Céline ROHMER (Pasteur de l’EPUdF, professeur de Nouveau Testament à la faculté de Montpellier) soutient cette hypothèse. 

« […] Ce remarquable état des lieux de la critique textuelle contemporaine donne le ton de l’affaire Junia. L’histoire des manuscrits ne laisse aucun doute : le mot Junia a été traduit comme un nom féminin durant le 1er millénaire de l’Église et durant une bonne partie du deuxième. Origène, Jean Chrysostome ou encore Jérôme en ont même été les témoins. Le premier passage de Junia à Junias a lieu au 13e siècle, puis est repris par Luther dont la traduction de la Bible a tant influencé l’Europe. Une passionnante rétrospective historique s’ensuit et met au jour la manière dont les spécialistes favorisent – plus ou moins volontairement – Junias au détriment de Junia. 

Au 19e siècle, une improbable théorie de nom abrégé (Junias pour Junianus) achève le processus de transformation. En 1927, la 13e édition du texte grec par Nestle efface définitivement Junia et impose Junias, prénom masculin qui ne connaît aucune attestation ancienne : l’erreur perdurera jusqu’à la version de 1998…sans la moindre explication. Il faut bien se rendre à l’évidence, l’environnement socio-culturel des trois quarts du 20e siècle, imbu de l’idée que les femmes ne pouvaient avoir qu’un rôle limité dans l’Église, l’emporte sur la rigueur scientifique des chercheurs. Car enfin le véritable problème est là : Junia ne peut être femme puisque ce personnage est – incontestablement – désigné « apôtre éminent ayant appartenu au Christ » par Paul lui-même ! Une femme apôtre ? Voilà bien des soucis.

Or, nous tenons entre nos mains cet ouvrage qui redit ensemble la force des a priori larvés et la fragilité de l’honnêteté intellectuelle. 

Ne vous en déplaise messieurs, dans la première génération chrétienne, il y eut – fait scientifiquement incontestable – une femme apôtre, désignée comme telle explicitement par Paul. Son nom était Junia. » (1)

 

Les ateliers bibliques servent à cela : se laisser interpeler par le texte et, du coup, changer notre regard sur le monde et ouvrir la porte à un monde nouveau à venir.
L’Esprit est en marche….

 

Pasteur Hervé Stücker

Et le site d’étude de la Bible Théovie

 

  1. Etudes Théologiques et Religieuses (ETR), Montpellier, Tome 91, 2016/2, p. 305-306 : Recension de Céline Rohmer de l’ouvrage de Eldon Jay EPP, Junia. Une femme apôtre ressuscitée par l’exégèse, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Gabrielle Rivier et John E. Jackson, Genève, Labor et Fides, coll. « Le Monde de la Bible 67 », 2014.

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