Prédication du dimanche 5 juin 2022 – Pentecôte

Vous avez raté le culte du dimanche 5 juin dernier pour la Pentecôte ? Retrouvez la prédication du Pasteur Olivier PUTZ ici !

Prédication réalisée d’après la lecture biblique : Esaïe chapitre 43 versets 1 à 7 et le Livre des Actes chapitre 2 versets 1 à 13.

Bien aimé frères et soeurs,
Très chers paroissiens,

Permettez que j’ouvre cette méditation par une discussion familiale. Au cours d’un repas, j’apprends qu’un camarade de classe de l’un de  mes enfants s’est fait tatoué le corps.
Surpris, je demande quel dessin se trouve représenter. J’apprends que c’est une série de chiffre qui représente les coordonnées GPS de la maison du grand père de la personne tatouée.
Cette information m’a grandement interpellée. Inscrire de manière indélébile sur son corps des chiffres qui renvoient à un lieu signifiant le bonheur pour cette personne : voilà une marque qui certifie un amour. Interprétation sauvage me direz-vous ! Certainement vous répondrai-je. Néanmoins, elle demeure conforme à ce qu’a écrit Didier Anzieu dans son ouvrage le « Moi-Peau ». Dans ce livre, Anzieu démontre que la peau révèle l’intériorité des personnes. La peau dévoile ce que nous éprouvons au plus profond de nous-même. Et pour cette personne une volonté d’être aimé, de s’en souvenir à chaque regard. Inscrire quelque chose sur sa peau, c’est donner un message : pour soi, de soi, aux autres.
Ce jeune qui a inscrit les coordonnées GPS de la maison de son aïeul sur sa peau, nous dit combien l’amour qu’il a reçu de son grand-père dans ce lieu si particulier pour lui, fut d’une importance capitale. Il indique combien cette relation l’a construit. Et probablement, combien il regrette que cela ne puisse continuer dans le temps.
A l’image de ce jeune, il y a des milliers, voir des millions de personnes, qui tatouent sur la peau de leur corps, leur volonté d’indiquer au monde leur besoin d’accomplir leur identité. De parachever leur identité, leur « moi », par la spécificité d’un dessin, d’une figure, d’une série de chiffre qui sont signifiants pour eux, à défaut de l’être pour tous. C’est indiqué sur son corps, la spécificité de l’individu. C’est une marque qui confirme leur existence.
Quel rapport avec les textes que nous venons de lire ? Le rapport, c’est précisément l’identité. Quelle identité fonde mon individualité ? Qu’est-ce qui réellement nous fait exister pour ce que nous sommes ? Entre le tatouage de ce jeune et le baptême qu’a reçu Sarah-Johanna, il y a un enjeu : celui d’exister pour ce que nous sommes. Un enjeu d’identité. Qu’est-ce qui fait que je suis unique à mes yeux et aux yeux du monde qui m’entoure ?
Dans la tradition biblique et plus particulièrement dans la veine prophétique, depuis Abraham jusqu’à Jean le Baptiste en passant par Esaïe, ce qui fonde la spécificité d’un être humain, c’est une relation privilégiée entre la transcendance de Dieu et l’âme croyante. Dans la société contemporaine, ce qui fonde l’identité de l’individu, c’est l’accomplissement que la personne croit avoir d’elle-même. C’est l’histoire qu’elle se raconte et dont on peut découvrir les éléments sur les multiples tatouages qui parsèment son corps.
Pour le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, pour le Dieu de Jésus Christ, l’identité nous est donné par Dieu dans une relation d’amour. Dieu nous place sous le sceau de son amour. Dieu tisse une relation personnelle avec chacun de nous. Oui, Dieu nous connaît par notre nom. Nous sommes à Dieu. Et notre corps devient le temple de son Esprit. Nous Lui appartenons corps et âme parce que Dieu s’est déjà entièrement donné pour nous. La parole de Dieu est créatrice dans le sens où elle nous donne notre identité. Nous ne sommes plus une chose anonyme ou une machine quelconque. Nous sommes revêtus de la dignité « d’enfant de Dieu ». Nous sommes une personne unique, il n’y en a pas deux comme nous. Le baptême a ceci de commun avec le tatouage qu’il fait de nous une personne unique.
Cette relation d’amour fait de chaque personne un être unique dans le regard aimant de Dieu. Voilà d’où nous tirons notre identité. De là toute l’importance du baptême. Au cours de ce sacrement, ce moment où Dieu se donne pleinement à voir, présence visible d’une grâce invisible disait Saint Augustin ; Dieu donne pleinement son amour, comme il donne pleinement sa présence aux disciples le jour de Pentecôte. Car Pentecôte, c’est le baptême de l’Eglise. Dieu donne aux personnes qui se rassemble autour de sa Parole, une identité collective qui se nomme Eglise et fait de nous des chrétiens.
Dieu se donne dans une relation d’amour. Cette relation d’amour est communautaire à Pentecôte et personnalisé et intime le jour de notre baptême. Dans l’intimité de cette relation, Dieu nous apporte la confiance nécessaire pour exister, pour avancer, pour affronter les épreuves de nos vies : « ne crains rien, car je suis avec toi » nous dit-il à travers la bouche du prophète Esaïe. Avec le baptême, la circoncision n’est plus dans la chair, une marque ou une ablation de la peau, mais dans le coeur pour reprendre la terminologie de l’apôtre Paul. Ce qui veut dire que nous n’avons plus besoin de marques sur le corps pour nous rappeler que nous sommes pleinement aimé et réconcilié avec Dieu. Oui, avec le baptême nous n’avons plus besoin de marques sur le corps pour rappeler que nous sommes aimés. Et c’est la grande différence d’avec le tatouage.
Nous avons conscience que dans un monde où tout doit être vu pour être cru, ce discours passe mal.

Il est difficile de faire une photo de la circoncision de notre coeur pour la diffuser sur Instagram ou Tik-Tok. Car vous avez compris que la circoncision du coeur est une métaphore qui rappelle l’union, la proximité de Dieu avec le croyant.
Et même le sacrement du baptême, qui se veut l’événement visible de l’amour de Dieu, n’est en fait qu’un événement de paroles. La présence de Dieu signifié par des mots, une main, de l’eau. Mais ce sacrement n’en demeure pas moins signifiant : il marque nos mémoires et édifie nos êtres. Se souvenir et parler de l’événement que Sarah a vécu le jour de la Pentecôte 2022, réveillera en nous de la joie. Joie d’accueillir la vie pleinement aimée de Dieu. Joie d’être ensemble pour vivre cet événement dans la gratuité de la rencontre.
Se réunir pour célébrer un baptême, cet événement de parole aussi fugace qu’intemporel, peut paraître saugrenu dans une société où n’existe que ce qui peut être prouvé pour une équation, un algorithme ou une image. Mais les chrétiens ont l’habitude de passer pour des saugrenus. Car lorsque nous abordons les rives de la vérité, nous parlons de la vérité existentielle, celle qui touche notre intériorité et pas la vérité mathématique, celle qui organise le monde matériel, la vérité existentielle passe toujours pour quelque chose d’inattendue voir de ridicule.
Le monde n’accusait-il pas les premiers chrétiens de la première Eglise du matin de Pentecôte, d’être rempli de vin doux ? Eux qui venaient de recevoir le don de Dieu de transmettre une parole d’amour et de vérité pour le monde, étaient accusés d’avoir trop bu, moqués d’être à part des autres. Ils furent moqués de circoncir leur coeur par une parole d’amour plutôt que marquer leur corps par un désir d’auto-réalisation.
Pentecôte nous revêt du puissant amour de Dieu. Le baptême nous revêt de l’identité d’enfant du Père.

La grâce de Dieu nous remplit, non d’alcool, mais d’une joie qui nous emporte. Point besoin de marques sur notre peau pour en témoigner. La bonté, fruit de la joie que Dieu nous offre, la bonté que nous répandons dans le monde, suffira pour dévoiler que nous sommes chrétiens. Ce sera notre manière dont nous, les baptisés, nous célébrons l’effusion de l’Esprit de Pentecôte. Amen.

Pasteur Olivier PUTZ

Dimanche 5 juin 2022, Pentecôte, Rennes