Prédication du dimanche 23 juin 2024

Pour le dimanche 23 juin, notre Pasteur Hervé Stücker a choisi de s'appuyer sur l'Évangile de Marc chapitre 4 les versets 35 à41.
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Nous voilà au terme de cette année 2023-2024 ; dans quelques jours, quelques semaines beaucoup d’entre nous serons en vacances ou en tout cas dans cette période estivale où les rythme de notre vie change souvent.

 

 

Mais peut-être que ce mois de juin vous semble plus terne que d’habitude entre une Palestine ensanglantée, l’Ukraine en guerre, ces bruits et cris de violence un peu partout dans le monde et puis cette crainte effarante de voir notre propre pays tomber aux mains d’un parti qui porte des idées et des solutions bien éloignées de l’Évangile, de la bonne nouvelle, qu’annonce Jésus-Christ.

 

 

Entendons ce matin cette parole qui nous dit : “Passons à l’autre bord”, autrement dit “Il faut poursuivre notre tâche, franchir une nouvelle étape”.

Cette parole va mettre les disciples en mouvement.

 

 

Je voudrais attirer votre attention sur le début de cette histoire.

C’est dans notre vie quotidienne, souvent très remplie, que la parole du Christ veut nous rencontrer.

Pas une parole spectaculaire, mais une parole qui “nous fait franchir des étapes, qui nous met en mouvement”.

Cette parole, je l’entends quand je lis la Bible, quand je prie. J’y trouve tant d’appels à vivre concrètement ma foi, à marcher avec le Seigneur jour après jour. Encore faut-il l’écouter… et la mettre en pratique.

 

 

Voilà donc les disciples et Jésus en route, traversant le lac de Galilée.

Ils font ce que Jésus leur a demandé de faire.

Cela permet à Pierre et aux disciples d’agir en “marins-pêcheurs” qu’ils sont ; Jésus a totalement confiance dans leurs capacités de navigateurs. La preuve : il dort à l’arrière du bateau.

Une parole simple, une obéissance simple : telle est (ou devrait être) la marche de l’Église, telle est (ou devrait être) notre marche avec le Seigneur.

J’aime cet ordinaire, parce que d’une certaine manière, il nous est proche.

 

 

Mais voilà ! Le lac de Galilée est réputé pour ses tempêtes soudaines et violentes. Cet ordinaire de la vie, cette routine en quelque sorte est bouleversée par une violente tempête.

Arrêtons-nous un moment à cette tempête.

 

 

Il y a, à travers la Bible, trois tempêtes bien particulières.

La première à laquelle je pense est celle qu’a connue Jonas : Il fuyait délibérément loin de Dieu. Au lieu d’obéir à l’ordre de Dieu et d’aller à Ninive (vers l’Est) annoncer la Parole de Dieu (parole de jugement pour amener en fait Ninive à la repentance), il a pris le bateau pour aller à Tarsis (vers l’Ouest). Durant la traversée, lui et les marins affrontent une violente tempête : c’est la tempête qui fait suite à la désobéissance. Mais Dieu ne laisse pas tomber Jonas. Cette tempête, c’est un signal d’arrêt. Dieu cherche Jonas, il le ramène au point de départ et lui donne une nouvelle chance… Mais il a fallu le séjour dans le ventre du poisson et la repentance, c’est-à-dire qu’il a fallu que Jonas dise à Dieu Je t’ai désobéi, pardonne-moi” pour pouvoir vivre ce nouveau départ.

 

 

Il peut y avoir dans nos vies des tempêtes dues à nos désobéissances, à nos refus de faire ce que Dieu nous dit dans sa Parole. Apprenons à reconnaître ces tempêtes : qu’elles nous conduisent à la repentance, à reconnaître nos errances qui font qu’elles nous surprennent, elles révèlent nos négligences, nos insouciances.

Ce n’est pas facile à reconnaître, mais par la grâce de Dieu nous pouvons le faire… et être remis en route.

C’est ce que dit en d’autres termes le psalmiste “Tant que je me suis tu, ta main s’appesantissait sur moi” (la main de Dieu était toujours là, mais plus lourde après le péché de David). J’ai dit “J’avouerai mes fautes à Dieu”.

Et la grâce vient : heureux celui à qui la faute est pardonnée. Je l’instruirai, je lui montrerai la voie qu’il doit suivre….

 

 

Une autre tempête a retenu mon attention celle qui a provoqué le naufrage de Paul (elle nous est relatée au chapitre 27 du livre des Actes des Apôtres). Paul, prisonnier, est conduit à Rome. Une partie du trajet se fait par bateau. Les marins sont partis, estimant les conditions favorables pour naviguer. Mais en fait, ils sont partis au mauvais moment, ils n’ont pas pris la bonne décision, ils n’ont pas écouté les conseils et les avertissements de Paul qui parlait de la part de Dieu. Dans la tempête, ils ont tout perdu. Seuls les hommes ont été sauvés ; Dieu les a gardés selon la parole qu’il avait donnée à Paul. Il avait une promesse : il devait aller à Rome pour témoigner de l’Évangile.

 

 

Parfois nous prenons des décisions mauvaises, ou nous y sommes entraînés par d’autres : celles de faire des choses, mais au mauvais moment, des décisions prises sans écouter les conseils, prises sans Dieu… Des décisions qui nous entraînent dans des tourbillons, dans des tempêtes qui sont parfois les plus difficiles à affronter. Souvent, elles nous coûtent très cher. Mais Dieu veille sur nous dans ces tempêtes. Là aussi, Il ne nous laisse pas tomber.

 

 

Enfin, il y a la tempête dont il est question ici.

Les circonstances sont totalement différentes : ni désobéissance volontaire, ni indifférence ou mauvaise décision. Au contraire !

 

 

Les disciples sont partis sur la parole de Jésus (l’Évangile de Matthieu dit même qu’ils ont suivi Jésus dans la barque).

Ils sont avec Jésus.

Ils agissent au bon moment. Ils sont au cœur de la volonté du Seigneur.

Et pourtant, il y a la tempête. Soudaine comme le sont parfois les circonstances de la vie. Souvent inexplicables, parfois très dures, très douloureuses.

Il y a de telles tempêtes dans nos vies, alors que nous faisons ce que Dieu nous dit dans sa parole.

Elles ne signifient pas qu’il faille revenir sur ses pas, tout remettre en question de ce que nous faisons, elles ne signifient pas que nous agissons à contretemps.

Non. Ce sont des épreuves de la vie, elles nous frappent n’importe quand.

Ce n’est pas parce qu’on est chrétien qu’on est épargné.

Ces épreuves, nous les rencontrons tous : maladie, accident, mort… ou incertitude quant à l’avenir, menaces diverses comme par exemple le chômage… Comme les disciples, nous avons peur.

 

 

Et pourtant, Jésus est là, dans la barque avec eux.

Mais il dort.

Alors, ils se sentent oubliés de lui. Ils ont, comme nous peut-être, l’impression que Dieu les oublie…

A moins que nous ne voyions là une illustration d’une vie chrétienne routinière : Jésus dort et nous naviguons au milieu de la tempête…

 

 

Dans leur peur, les disciples réveillent Jésus. Ils le dérangent avec ce seul cri “Au secours ! Nous n’y arrivons plus ! Sauve-nous. Regarde notre situation !”. Ils n’ont pas eu peur de le faire.

 

 

Peut-être avons-nous mauvaise conscience à “réveiller” Jésus parce que nous nous disons (ou que d’autres nous disent) “Je ne prie (tu ne pries) que quand ça va mal”.

Mais cette prière, c’est la reconnaissance que j’ai besoin de l’aide du Seigneur. Jésus a entendu les disciples. Ici, il a apaisé miraculeusement la tempête. Mais parfois, cela prend plus de temps. Petit à petit par des signes, des amis, une parole, un texte biblique, dans la prière, nous constatons que la paix revient dans nos cœurs. Quelle que soit la manière dont cela se passe, Jésus entend et s’intéresse à ce que nous vivons. Il est là, présent, avec nous, quelle que soit notre situation. Parfois, c’est la seule certitude qui me reste. Je m’y accroche… Elle me permet de tenir bon dans les tempêtes.

 

 

Jésus a d’abord calmé la tempête. Ensuite, il pose une question à ses disciples, pour les faire réfléchir, pas du tout pour les enfermer dans des reproches.

Mais c’est une question essentielle :

“Pourquoi avez-vous si peur ? N’avez-vous pas encore de foi ? “.

 

 

Il m’apparaît que Jésus ne leur reproche pas le fait d’avoir eu peur, mais plutôt l’intensité de leur peur (il dit… si peur).

La peur est là, elle existe, elle fait partie de nos vies. Le problème, c’est quand elle prend le dessus dans nos vies.

Jésus lui-même a connu la peur dans le jardin de Gethsémané, avant d’affronter la croix ; il compatit entièrement à nos peurs, il sait bien ce que cela veut dire.

Il serait faux de dire qu’un chrétien n’a jamais peur.

La question ici concerne toutes ces peurs si fortes qui dominent nos vies.

C’est là que Jésus nous adresse cette question essentielle “N’avez-vous donc pas de foi ? “. Autrement dit “N’avez-vous pas confiance en moi ? Je suis là, regardez-moi plutôt que la tempête, que les circonstances extérieures”.

 

 

Comme en écho, il y a cette parole qu’il adresse à ses disciples dans l’Évangile de Jean “Dans le monde, vous avez peur, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde”. Jésus a tout porté sur la croix, toutes les situations, toutes les tempêtes, tous nos péchés, toutes nos peines.

Par la croix, il me libère de certaines peurs, m’apprend à en vaincre d’autres.

Jésus m’accompagne à travers toutes mes peurs, même celles qui se dressent contre moi comme de véritables furies.

Mais il me faut les lui avouer, c’est ainsi que j’apprends à Lui faire confiance, à marcher dans la foi.

Le contraire de la peur, c’est être en sécurité dans un abri sûr.

Dans la foi au Dieu vivant, nous avons cette sécurité.

 

 

Le protestantisme français a affronté bien des tempêtes, connu bien des fois la peur : persécutions au XVIIe s., Interdiction et menace au XVIIIe siècle, accusé d’être la religion des étrangers au XIXe s., l’antisémitisme de la société française de l’affaire Dreyfus ou des lois anti-juives de Vichy… et tant d’autres…

 

 

Dans notre récit de l’Évangile de Marc, Jésus vient de calmer la peur des disciples et les voilà qui connaissent la frayeur ! Mais cela provient de l’autorité du Seigneur et de la présence extraordinaire de Dieu… C’est impressionnant.

 

 

Mais surtout, les disciples apprennent ainsi à mieux connaître Jésus.

 

 

Je souhaite qu’il en soit ainsi pour nous que nous puissions apprendre à mieux connaître Jésus et à marcher dans une confiance toujours plus grande en Lui, dans cette assurance que dans les tempêtes, dans mes moments de peurs, Il est là.

Je souhaite que cette confiance au-delà de nos peurs nous puissions la transmettre à ceux et celles qui prennent, dans le chemin de la vie, notre suite.

Ce n’est pas une consolation de pacotille, c’est le seul véritable réconfort.

 

 

Les hommes qui vivent de l’espérance voient plus loin.

Les hommes qui vivent de l’amour voient plus profond.

Les hommes qui vivent de la foi voient tout sous un autre jour.

 

 

Amen

 

Pasteur Hervé Stücker

Rennes, dimanche 23 juin 2024

 

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