Prédication
« La guerre dura longtemps entre la maison de Saül et la maison de David »
Décidément ces terres du Levant sont marquées par la bipolarisation entre deux groupes ennemis engagés dans des conflits durables, aujourd’hui et depuis 1948 ,entre israéliens et Palestiniens, et cet autre conflit dans le livre de Samuel que nous avons lu , une guerre durable entre deux royaumes, celui du Nord autour des héritiers du roi Saül a contre celui du Sud, autour d’un jeune nouveau roi, David. Cela se serait passé, peu avant l’an mil avant notre ère.
Première chose qui me frappe et qui peut nous heurter, voir nous décevoir, c’est que l’histoire que l’on a nommée plus tard histoire sainte, n’est finalement pas si différente de ce que nous vivons.
Nous aimerions voir d’autres comportements chez un peuple qui a reçu les dix commandements, comme d’ailleurs, mille ans plus tard, chez ces hommes qui écoutèrent les béatitudes et le sermon sur la montagne.
David est un héros de la Bible, si important qu’il est parfois érigé comme un modèle et les foules verront en Jésus lui-même, le fils de David. Et pourtant, sa vie privée laisse à désirer même en suivant les règles d’unions polygamiques, il accumule femmes et concubines et donc les enfants dans de curieuses et impossibles familles recomposées. Certaines de ses femmes sont des moyens politiques, ainsi Mikal, fille du roi Saül dont l’union lui paraît nécessaire pour rallier les tribus du nord.
Et il s’embarrasse peu des larmes du mari de cette dernière, car celle-ci était déjà mariée. On sait le sort qu’il réserva plus tard à Urie, afin de conquérir Bethsabée. David fut longtemps un chef de bande, mêlant hauts faits et crimes, capable de générosité comme de cruauté. Les hommes et les femmes de la Bible peuvent être violents, injustes, lâches, comme nous. Dieu fait avec. Comme dans la parabole de Jésus, Dieu lance son filet, et ne fait pas le tri entre nous dans nos comportements, il laisse aux anges cela.
Les protestants, à l’image de Calvin, ont été souvent très lucides sur les comportements humains, au point de douter de ces béatifications faites si rapidement. Nous sommes justes, par ce que justifiés, saints parce que sanctifiés et appelés à un chemin de sanctification, tout en demeurant pécheurs.
La deuxième chose qui me frappe dans ce récit, c’est cette lutte chez ces hommes entre deux logiques, l’une ordinaire et à court terme qui voit ses intérêts et ceux de son clan avant les autres. C’est la logique de Joab, méfiant envers l’autre (il ne croit pas en la sincérité d’Abner) attentif à sa maison, incapable de pardonner. « Moi, mon clan, mon pays d’abord ».
Ne le jugeons pas trop vite, il a perdu son frère des mains d’Abner. Qui de nous pourrait estimer qu’il n’en garderait pas une rancune et une haine tenace à l’égard de l’agresseur? Nous sommes souvent des Joabs au petit pied, incapables de voir plus loin que notre zone de confort et notre cher petit réseau. Nous sommes souvent des Joabs dans l’Église, fiers d’être des chrétiens, fiers d’être protestants, fiers d’être membre de cette paroisse de Rennes si active, si dynamique mais quand cet engagement est mis en concurrence avec nos intérêts, nos loisirs, alors souvent notre choix n’est pas en faveur de notre engagement de baptisés.
David a une autre logique, celle qui fait droit à la justice et est capable d’humanité. David est très conscient des faiblesses de ses soutiens : les fils de Tesruya , sa sœur, sont trop forts-certaines traduction donnent : « trop violents ». David est très conscient aussi de sa propre fragilité « je suis encore faible, alors que j’ai reçu l’onction royale ».Nous qui sommes baptisés avons aussi reçu cette onction royale, malgré cette grâce immense portée sur nous, soyons humbles comme David.
Troisièmement. Et Dieu dans tout cela ? Il faut noter que Dieu n’intervient pas, et n’est mentionné que dans une prière imprécatoire de David« Que l’Eternel rende selon sa méchanceté à celui qui fait mal », ce qui fait droit à l’idée d’un Dieu redresseur de tort, qui châtie qui agit mal.
Pourtant la perle de grand prix, le trésor de chacun de nos jardins est l’évangile de grâce et de salut en Jésus-Christ. Ce trésor, cette perle sont dans nos mains. Nous devrions être comme l’homme de la parabole dans la joie car la grâce suscite la joie.
Gratuite bien sûr, mais pas d’une grâce à bon marché. Elle appelle une réponse. Notez que l’acquéreur du trésor, comme celui de la Perle de grand prix a tout vendu. Le royaume de Dieu est semblable à un marchand qui cherche. Si la découverte du trésor est une grâce imméritée, la quête est de ma responsabilité.
Cher frère, cher sœur, tu vis sans doute en partie dans le monde de David, Abner, Joab ou Milca, je te souhaite d’être lucides comme David, de faire de bons choix dans ta vie en société, d’être dans une attitude de recherche permanente de Dieu, de lâcher du lest dans ta vie, pour garder le trésor de l’Evangile. A Dieu seul la gloire.