Prédication
Chers amis,
Nous avons chanté tout à l’heure un cantique connu et apprécié de beaucoup d’entre nous : « Dieu tout puissant ». Dieu tout puissant… quand je considère la majesté de ta création, je me sens bien petit, et indigne de l’attention que tu me portes…
Les textes que nous avons lus aujourd’hui nous amènent à nous questionner sur la toute-puissance de Dieu.
Commençons par regarder ce que nous dit le texte concernant Elie. Avant de se réfugier dans la grotte sur le mont Horeb, Elie a eu maille à partie avec le roi Achab et sa femme Jézabel, et les adorateurs du Dieu Baal. Alors qu’Elie semblait avoir les faveurs du Dieu d’Israël dans son combat contre les adorateurs du Dieu Baal, il perd confiance après que Jézabel l’ait menacé de mort. Il prend alors la fuite, et se réfugie sur le mont Horeb. Dans les chapitres précédant celui que nous lut, le texte nous raconte comment, comme souvent dans l’Ancien Testament, les représentations de Dieu sont associées à des désirs de vengeance ou de toute-puissance qui peut se faire violente. Elles se traduisent régulièrement par des actes qu’on ne saurait aujourd’hui qualifier autrement que de violents ou de sanguinaires, comme des sacrifices, des holocaustes, ou des armées qui n’hésitent pas à tuer au nom de Dieu.
C’est à ces manifestations du divin qu’Elie est habitué.
Or, lorsque Yahvé demande au prophète de sortir sur le seuil de la montagne où il a trouvé refuge pour se tenir devant lui, l’Eternel ne se manifeste ni dans le vent violent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Ce n’est que lorsque le fracas des éléments se tait, lorsque le calme revient autour de lui, et à l’intérieur de lui-même, qu’Elie est en capacité de sentir la présence de l’Eternel dans une voix ténue, nous dit le texte.
Le terme hébreu, Kol dmama daka [קוֹל דְּמָמָה דַקָּה ], est un oxymore magnifique. Un oxymore, c’est une juxtaposition de termes qui s’opposent en réalité. Un feu glaçant, par exemple.
En effet, Kol désigne un son, une voix, un bruit audible.
Dmama, au contraire, désigne le silence, le calme, l’immobilité.
Et Daka qualifie quelque chose de fin, de ténu, de mince, de léger.
Ainsi donc, nous dit le texte, Dieu se manifeste dans un « silence qui parle »…
Je pense alors à la chanson de Simon et Garfunkel, «
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" target="_blank" rel="noopener">The sound of silence ». Cette chanson se termine par les mots suivants : »
And the sign said : The words of the prophets are written on the subway walls and tenement halls, and whispered in the sounds of silence« . « Les paroles des prophètes s’écrivent sur les murs du métro, dans les halls d’immeubles… et sont murmures dans le bruit silencieux… »
La toute-puissance de Dieu serait donc celle que l’on peut entendre, ressentir, comprendre, quand on arrive à faire silence dans nos vies tumultueuses, et que l’on prend conscience de l’infiniment petit, si grand et pourtant si fragile… Car Dieu n’est pas à notre disposition, prêt à dégainer son épée dès que nous crions à l’aide. Il se fait discret dans nos vies, et c’est à nous, de nous tenir disponibles, attentifs, pour le recevoir. A nous de faire silence, afin de lui faire une place.
Car Dieu n’est pas dans le feu, la tempête ou le tremblement de terre. Dieu n’est pas violence.
Ni aujourd’hui, ni hier, ni demain.
Voyons comment, dans le passage de l’Évangile de Matthieu, Jésus nous dit la toute-puissance du Très Haut.
Cet épisode que nous connaissons tous très bien, relaté dans les Évangiles de Marc, de Matthieu et de Jean, nous dit à sa manière comment Dieu apaise nos terreurs en nous demandant d’avoir confiance, même quand notre barque prend l’eau en haute mer.
Jésus quitte la foule – dont nous pouvons aisément imaginer qu’elle était pressante, voire oppressante suite au miracle de la multiplication des pains et des poissons – pour se mettre à l’écart et se ressourcer dans la prière. Une fois encore, Jésus nous rappelle que se tenir à l’écart, prendre du temps loin de l’agitation de la vie, est essentiel pour refaire le plein d’énergie avant de repartir vers les autres. Dieu est certes présent dans les échanges que nous avons les uns avec les autres, mais il est aussi présent dans le silence – dans le kol dmama daka, ce doux et subtil murmure…
Le bateau dans lequel les disciples se trouvent est malmené par les vagues.
Quand Jésus, Dieu fait homme, n’est pas dans notre barque, les vents contraires ont vite fait de la faire chavirer…
Dieu n’est pas dans le vent qui agite le bateau. Il est dans la main tendue par Jésus à Pierre, celle qui apaise nos craintes et fait taire nos terreurs. Alors Pierre, gonflé de confiance, saisi la main de Jésus et quitte le bateau pour le rejoindre. Il marche vers Jésus, rempli d’une confiance absolue en ce Dieu tout-puissant – confiance qui lui donne des ailes, pourrait-on dire. Sûr de lui, il affronte ses peurs, le regard tourné vers Jésus.
« Mais en voyant que le vent était fort, il eut peur, et, comme il commençait à couler, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! » (verset 30) Le vent était déjà là ; Pierre avait réussi à en faire abstraction pour avancer, puis il se laisse de nouveau envahir par ses peurs, et commence à couler. C’est alors que Jésus vient à son secours. On pourrait dire qu’à ce moment-là, Pierre a expérimenté une « baisse de foi », comme on aurait dit une « baisse de régime ».
Tout comme Elie, qui, alors qu’il était gonflé de satisfaction et d’orgueil par ses actions menées en l’honneur de Yahvé, prend peur lorsqu’il est menacé de mort, Pierre prend peur lorsqu’il prend conscience que les éléments se déchaînent autour de lui, et que sa foi peut être fragilisée par un manque de confiance.
Être chrétienne, être chrétien, mettre sa confiance en Dieu fait homme, cela n’a rien de confortable ou de paisible. Le doute est une part non négligeable de notre vie de chrétiens. C’est parce que nous sommes des femmes et des hommes de peu de foi que nous pouvons nous méfier des certitudes indiscutables, des convictions absolues, des intégrismes destructeurs qui mènent à la violence et au chaos. Il suffit de penser à tous les intégrismes religieux – en terre d’islam, de judaïsme, de chrétienté, ou encore d’hindouisme.
Ces intégrismes qui, gonflés de certitudes, assènent des vérités qui ne sont que le reflet de leurs désirs personnels, portés par un désir de pouvoir, de contrôle des dissidents, et de puissance autocratique.
Avoir la foi, c’est accepter d’avoir peur.
Avoir la foi, c’est accepter de ne pas avoir de réponse à tout.
Avoir la foi, c’est accepter d’aller à la rencontre de l’Eternel dans ce silence subtil, cette brise légère, qu’est le kol dmama daka.
Toi qui me dis avoir perdu la foi, dis-moi en quel Dieu tu croyais croire. Peut-être croyais-tu trouver Dieu dans une toute puissance qui s’impose par la force, voire par la violence. Peut-être as-tu oublié que Dieu se manifeste dans un doux et subtil murmure, et dans une main tendue.
Amen.