Prédication: Dimanche 18 octobre 2026

Prédication de la pasteure Claire OBERKAMPF à l'occasion du cultes des offrandes

Texte biblique

Tous s’appliquaient fidèlement à écouter l’enseignement que donnaient les apôtres, à vivre dans la communion fraternelle, à partager ensemble le pain et à participer aux prières. Chacun reconnaissait l’autorité de Dieu car il accomplissait beaucoup de prodiges et de signes extraordinaires par l’intermédiaire des apôtres. Tous les croyants étaient unis et partageaient entre eux tout ce qu’ils possédaient. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils répartissaient l’argent ainsi obtenu entre tous, en tenant compte des besoins de chacun. Chaque jour, d’un commun accord, ils se réunissaient dans le temple, ils partageaient ensemble le pain dans chaque maison et prenaient leur nourriture avec joie et sincérité de cœur. Ils louaient Dieu et ils étaient estimés par tout le monde. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à leur groupe les personnes qu’il amenait au salut.

 

Traduction: NouvelleFrançais Courant

Prédication

Chères sœurs, chers frères,

 

Ce matin, nous célébrons le culte des offrandes. Et je dois bien avouer que je n’aurais pas choisi spontanément ce dimanche-là compte-tenu de la crise que connaît notre pays, pour aborder la question relativement délicate de l’argent en Eglise. Car il est essentiel je crois que la prédication puisse oser une parole, inspirée par les textes bibliques lorsque de tels événements secouent l’actualité. Or, ce culte des offrandes est une initiative du Conseil Régional et puisque je me suis engagée à la soumission mutuelle dimanche dernier… nous y voilà. Mais vous allez voir que finalement, ça peut tout de même faire écho…

 

Hier, dans les rues de nos villes, une journée de mobilisation nationale s’est déployée pour protester contre la vie chère et le manque de moyens des services publics… des lycéens, des étudiants avec leurs professeurs et même des gilets jaunes se sont réunis dans l’espoir pour certains, de faire entendre une convergence des luttes. Des jeunes crient leur colère et leurs inquiétudes face à l’avenir avec un constat : des lycées s’effondrent faute d’entretien, des universités surpeuplées, des filières qui n’ouvrent pas. Bref, des institutions selon eux, qui sont sensées éduquer, ouvrir un avenir… et qui n’ont pas les moyens de le faire. D’autres corps de métier manifestent aussi régulièrement, tels que les soignants, les pompiers cet été qui n’avaient pas le matériel nécessaire pour éteindre les feux de forêt ou encore les agriculteurs … et la dette de la France n’a jamais été aussi grande. Quand une institution manque de tout, elle finit aussi par maltraiter celles et ceux qui la portent : c’est vrai pour l’éducation nationale, c’est vrai pour le secteur hospitalier, c’est aussi vrai pour l’église. Car l’Église, dont la vie matérielle ne dépend que des dons de ses membres, a besoin de moyens pour remplir sa mission, c’est à dire annoncer l’Évangile dans la joie et la légèreté en  offrant un accueil chaleureux – même en hiver- au temple, en organisant des rencontres dans des locaux propres et fonctionnels, en rémunérant et en logeant des pasteurs ou des chargés de mission décemment, en proposant des formations pour édifier la foi, en venant en aide aux plus démunis… etc..  La différence — la belle différence — c’est que dans l’Église, ces moyens ne tombent pas d’un budget d’État : ils viennent de la reconnaissance joyeuse de ces membres, de celles et ceux qui se savent aimés de Dieu.

 

Penchons-nous donc sur le texte que nous venons de lire : L’auteur -probablement Luc- décrit l’engagement des chrétiens de l’église primitive autour de quatre éléments : Ils étaient « assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion, à la fraction du pain et aux prières ».

 

Et aussitôt, Luc précise ce que veut dire ce mot magnifique de koinonia, traduit par « communion » : je cite « ils avaient tout en commun, ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en répartissaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. »

 

La koinonia, c’est une mise en commun. Une mise en commun effective et concrète. Ceux qui ont partagé le pain et le vin n’ont pas pu s’empêcher de partager le reste car après avoir mangé à la même table, il devient difficile de laisser son voisin dans le besoin se débrouiller avec ses problèmes. Comme chrétiens et chrétiennes, nous sommes appelés déjà à l’échelle de notre communauté à nous soutenir les uns les autres et à vivre cette solidarité… dans une autre logique que celle couramment vécue dans la société.

 

Je m’explique : Une association ou un club, ça fonctionne par cotisation. Vous payez, vous recevez un service. Le club de sport vous abonne, l’AMAP du coin vous fournit votre panier chaque semaine.  En Église il n’y a pas de cotisation, on ne participe pas pour obtenir un service, on participe pour que la Bonne nouvelle soit annoncée. Nous ne cotisons pas. Nous participons. Nous ne payons pas une adhésion : nous entrons dans une circulation, une circulation de grâce reçue et rendue et qui s’adresse à la communauté mais aussi au monde !

 

Et que devient notre offrande ? Elle devient du pain pour quelqu’un, une présence pour quelqu’une, une prière pour un autre. Ce sont aussi les offrandes et les legs qui permettent l’accompagnement de familles dans les grands moments de la vie : baptême, mariage et funérailles, moment où il est si fondamental d’être écouté. Bref, ce que nous mettons dans le panier, ce n’est pas pour une structure lointaine : c’est notre propre vie de communauté. Autrement dit, l’Église n’est pas une institution extérieure. L’Église c’est nous ! Lorsque nous donnons, nous bâtissons le corps dont nous sommes les membres.

 

Et il est important de relever que plus loin dans le livre des Actes, la communauté de Jérusalem, qui partageait tout, se retrouve dans le besoin lorsque la famine frappe. Au chapitre 11, il est écrit « Les disciples résolurent d’envoyer, chacun selon ses moyens, un secours aux frères qui habitaient la Judée »

 

C’est alors l’église d’Antioche, à des centaines de kilomètres qui collecte pour Jérusalem. Et Paul passera des années à organiser cette grande collecte entre les églises de Grèce et la mère-église de Jérusalem. Cela nous rappelle que La koinonia, la communion, dès le début du christianisme traverse les frontières, elle fait tenir ensemble des communautés qui ne se sont jamais vues et qui pourtant, sont liées.

 

C’est toujours ce que nous vivons dans l’Église Protestante Unie de France. Notre communauté de Rennes fleurit — et nous pouvons rendre Grâce pour cela : le temple est souvent bien rempli, il y a des animations variées, des projets, une belle dynamique d’ouverture aussi… Mais dans le même temps, dans les villes et villages plus petits, en Bretagne ou ailleurs, il y a des communautés de 10, de 15 personnes. Des chrétiens et des chrétiennes qui, chaque dimanche, font trois quart d’heure de route pour se retrouver dans un grand temple quasi vide, et partager l’Évangile. Certaines communautés survivent comme elles peuvent, 4, 5 ans sans pasteur pour les accompagner et sans savoir d’ailleurs si un jour le poste sera pourvu. L’Évangile y est pourtant annoncé, la table partagée et le soutien mutuel véritablement vécu en prière et en actes.

 

Ainsi, lorsque nous mettons en commun une partie de nos biens cela permet aussi d’être solidaires de nos frères et sœurs qui vivent ces réalités. Dans l’EPUdF on appelle cela le principe de solidarité, solidarité qui se vit à tous les niveaux : local, régional et national.

 

Oui, communauté de Rennes, nous sommes clairement dans l’aisance par rapport d’autres et c’est une grâce. Et une grâce reçue, dans l’économie de Dieu, est à partager.

 

Mais peut-être que lorsque je dis cela, certains ou certaines d’entre vous se sentent déjà un peu à l’écart en se disant : tout cela est bien beau, mais moi, ce mois-ci, je ne peux pas donner. Les fins de mois qui ne se terminent jamais tout à fait, la retraite trop juste, l’emploi précaire, les factures qui arrivent plus vite que les ressources. Et ce culte des offrandes, à l’entendre, ressemblerait presque à une prédication réservée à celles et ceux qui ont de quoi participer.

 

Revenons au texte des Actes qui dit : « ils en répartissaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. » Dans la communauté de Jérusalem, les premiers à recevoir, ce sont précisément ceux qui n’ont rien à mettre. La koinonia, la communion, c’est d’abord la table où ceux qui peuvent donnent, pour que ceux qui ne peuvent pas donner soient servis. Dans le corps du Christ, la personne qui n’a pas de quoi donner n’est pas un membre de second rang : elle fait aussi vivre la communauté lorsqu’ elle prie, chante, donne de son temps, accueille, visite, ou soutient un autre. Evidemment ces dons-là ont une immense valeur et aucun budget ne les remplacera jamais.

 

Rappelons-nous d’ailleurs que Jésus lui-même n’avait rien. « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » (Évangile de Matthieu, chapitre 8, verset 20). Avec ses disciples ils ont énormément bénéficié de la solidarité des autres : l’Evangile de Luc évoque même que quelques femmes — Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne — « les servaient de leurs biens » (Évangile de Luc, chapitre 8, verset 3). Le Fils de Dieu a mangé grâce au partage des uns et des autres et de l’hospitalité. Celui que nous suivons n’a jamais été en position de force financière : il a été l’invité, le servi, le reçu.

 

Alors si ce matin vous ne pouvez rien mettre dans le panier : ne vous excusez pas, n’ayez pas honte. Vous êtes exactement à votre place — celle que le Christ vous a donnée, gratuitement, sans condition de revenus. Toute personne est légitime pour manger à Sa table.

 

Pour compléter cela je souhaiterais relever un petit mot important dans le dernier verset de notre texte. Il est écrit qu’ils partageaient leur nourriture « avec joie et simplicité de cœur ».

 

On retrouve aussi cette notion de joie dans le fameux verset souvent utilisé pour les offrandes de la deuxième Epitre aux Corinthiens « Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. »
Sans tristesse. Sans contrainte. Mais avec joie.

 

Oui, la joie est une disposition du cœur fondamentale pour notre vie d’Église.

 

En effet, le don forcé ne s’appelle pas un don mais une taxe. Et le don triste ne s’appelle pas une grâce, c’est plutôt un regret. « Dieu aime celui qui donne avec joie » : le mot grec est hilaron — d’où vient le mot « hilarité » en français.

 

Notons aussi que ce don joyeux naît d’une décision : « comme il l’a résolu en son cœur ». Pas d’une mauvaise culpabilité mais d’un choix réfléchi, prié, une décision en pleine liberté. Une joie de la communion qui durera d’autant plus qu’elle nait d’un engagement libre et joyeux qui fait sens.

 

Pour conclure, Luc termine son portrait de cette première communauté par une phrase étonnante qui dit bien la finalité de tout cela : « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qui étaient sauvés » (Livre des Actes, chapitre 2, verset 47). Autrement dit : le monde a vu ces gens mettre tout en commun, partager leurs biens, rompre le pain avec joie — et le monde a voulu en être !

 

La koinonia visible est un formidable témoignage, une réalité qui parle d’elle-même encore aujourd’hui : il suffit de voir des humains s’aimer pour de vrai, partager pour de vrai dans la joie pour que de nouveaux disciples naissent. Oui frères et sœurs, les Ecritures nous interpellent se matin : Sommes-nous prêts à incarner une autre logique économique que celle de notre monde, cette course au profit où les inégalités ne cessent de se creuser d’avantage ?

 

Car l’enjeu, frères et sœurs n’est autre que celui-ci : que l’amour inconditionnel de Dieu, sa victoire sur toute forme de mort, soit annoncé partout. Ici, à Rennes mais aussi dans les communautés fragiles qui tiennent grâce à ce que nous mettons en commun et même au-delà des murs de nos temples. Pour que des personnes soient envoyés, que des enfants entendent les récits bibliques, que des jeunes puissent vivre des camps, que des chercheurs de sens soient accueillis, que des malades et des prisonniers soient visités … gratuitement, par Grâce.
Alors ce matin, nous sommes moins invités à donner qu’à répondre : librement, joyeusement, peut-être même avec une petite pointe d’hilarité — à cet immense Amour de Dieu qui nous fait vivre pour que d’autres puissent en vivre.

 

Amen

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