Prédication
Ces deux passages du jour sont à contre-courant de nos réflexes, de nos fonctionnements habituels, de ce qui anime bien souvent nos esprits.
- Comment est-il possible de boire et manger gratuitement, sans rien payer. Et même mieux, il ne s’agit pas ici de simple eau mais de lait et de vin, il ne s’agit pas ici du pain gratuit des invendus de la veille, mais de mets riches et succulents !
- Et peut-on réellement vivre sans être hanté par la culpabilité et l’esprit d’accusation ? En quoi la détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ont encore quelque chose à voir avec la vie chrétienne en France en 2026 ?
C’est que « vos pensées ne sont pas mes pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins », dit le SEIGNEUR.
Alors que nous sommes dans des logiques humaines, matériels et comptables, Dieu révèle une autre logique, celle de la grâce abondante, qui est généreuse et qui ne compte pas. Nous n’avons pas à venir à Dieu avec notre argent, nos bonnes actions, nos talents, notre intelligence ou encore notre réputation afin de gagner sa faveur ou de troquer avec lui ses bonnes grâces. Nous pouvons venir à lui tels que nous sommes, avec notre pauvreté – matérielle, de cœur ou d’esprit –, en transparence avec lui qui sait tout de nous – et donc avec nos actions belles ou laides –, avec nos faiblesses et parfois nos talents gâchés, avec notre intelligence humaine limitée, bref tels que je suis et non « tel que je veux me montrer » comme dans la chanson du
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Mal aimé de Claude François.
C’est que nous ne sommes pas mal aimés de Dieu, nous sommes bien aimés de Dieu. Son amour ne change pas selon ce que nous faisons ou ne faisons pas. C’est le premier point fondamental que la Bible affirme, et que le Christ proclame dans son enseignement autant que dans sa vie donnée pour nous. Nos pensées ne sont pas ses pensées, ses chemins ne sont pas nos chemins.
Un deuxième point est que si Dieu nous appelle à venir à lui pour boire et manger gratuitement, sa nourriture n’est pas celle que le monde propose. Il ne s’agit pas ici de prendre la plus belle part du gâteau dans la société, en travaillant sans relâche afin d’apparaître plus beau et plus fort, puissant et admiré, et de neutraliser par nos propres forces les différents aléas ou tempêtes qui font partie de la condition humaine. Alors, de quoi s’agit-il ? Dieu nous invite ici à l’écouter, ce qui est répété 4 fois dans ces huit versets du livre d’Esaïe. Les professeurs connaissent bien le rôle de la répétition dans le processus de l’apprentissage et de mémorisation. De même, Dieu nous invite à écouter sa parole – lampe pour nos pas, lumière sur nos sentiers (Psaume 119, verset 105) – afin qu’il nous enseigne des leçons de vie, des leçons de la vie en abondance partagée à laquelle il invite.
Cette vie de bénédiction reçue et partagée nourrit notre âme et rassasie comme aucune autre nourriture humaine ne le pourrait. Ecou tons-le lors du culte, dans la prédication et la prière, écoutons-le aussi dans notre lecture personnelle de la Bible, un moment privilégié de rencontre et de cœur à cœur avec lui. Ecoutons-le, venons à lui et vivons.
Nos pensées ne sont pas ses pensées, ses chemins ne sont pas nos chemins.
Un troisième point est de partager la Bonne Nouvelle. « Voici : une nation que tu ne connais pas, tu l’appelleras, et une nation qui ne te connaît pas courra vers toi, du fait que le SEIGNEUR est ton Dieu. »
Au lieu de ne voir dans cette autre nation qu’un peuple idolâtre indigne et sans relation avec son Créateur, Dieu demande de l’appeler et de faire rayonner pour elle la splendeur qu’il dépose en nous. C’est que le Seigneur est proche de tout un chacun, comme le proclame l’apôtre Paul aux Athéniens en Actes, chapitre 17, verset 27 : « c’était pour qu’ils cherchent Dieu ; peut-être pourraient-ils le découvrir en tâtonnant, lui qui, en réalité, n’est pas loin de chacun de nous. »
De même, aujourd’hui, nous sommes invités à appeler tout un chacun à entrer dans la vie nouvelle que Dieu donne. Dieu est proche, il se laisse trouver par celui qui le cherche. Nous sommes invités à appeler tout un chacun, pas seulement ceux que nous voyons d’un bon œil parce qu’ils nous ressemblent, parce qu’ils nous sont sympathiques, parce qu’il nous émeuvent, parce qu’ils pensent ou votent comme nous.
Nous sommes invités à appeler tout un chacun, même dit le texte « le méchant (pour qu’il) abandonne son chemin, et l’homme malfaisant, ses pensées. (Pour) qu’il retourne vers le SEIGNEUR, qui lui manifestera sa tendresse, vers notre Dieu, qui pardonne abondamment. » Notons le verbe, pour qu’il retourne vers le Seigneur. Ce méchant, cet homme malfaisant lui aussi vient du Seigneur, même s’il s’en est écarté. C’est cela annoncer la Bonne Nouvelle pour tous, l’Evangile de la tendresse de Dieu et de son pardon, l’Évangile de la grâce et de la vie qu’il donne gratuitement, l’Évangile de son alliance éternelle. Nos pensées ne sont pas ses pensées, ses chemins ne sont pas nos chemins.
Le second passage, au magnifique chapitre huit de l’épître aux Romains, est un hymne à l’amour de Dieu.
Il précise un aspect de la réalité de la vie chrétienne, et vient équilibrer ce qu’une mauvaise interprétation du premier passage pourrait communiquer. En effet, si en venant à Dieu, nous avons son pardon et sa nourriture gratuitement, alors la vie chrétienne est-elle un long fleuve tranquille, une vie sans problème où tout nous sourit ? Jésus nous avertit en Jean, chapitre 15, versets 18 à 20 : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait ; mais vous n’êtes pas du monde : c’est moi qui vous ai mis à part du monde et voilà pourquoi le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : “Le serviteur n’est pas plus grand que son maître” ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi ; s’ils ont observé ma parole, ils observeront aussi la vôtre. »
Et Paul déclare quant à lui dans le deuxième livre de Timothée, chapitre 3, verset 2 : « tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus seront persécutés. » Il apparaît donc que d’une façon ou d’une autre, des formes de « détresse, d’angoisse, de persécution, de faim, de dénuement, de danger et de glaive » font partie de la vie chrétienne.
Ce passage nous donne une ferme assurance que ces épreuves ne sont pas le signe que Dieu nous a oubliés, qu’il s’est éloigné de nous, ou qu’il nous punisse pour nos fautes. Jésus lui-même a expérimenté toutes ces choses, et lors de sa crucifixion, il a même crié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? »
Jésus a ainsi incarné toutes nos détresses dans une prière qui cite en fait le Psaume 22. La vie, et la vie chrétienne, ne nous épargnera pas d’expérimenter détresse, abattement, déception, souffrance. Mais alors que nous pourrions être terrassés par le désespoir, alors que nous pourrions être assaillis par la pensée que Dieu nous a abandonnés, Paul – expert en persécution s’il en est (Actes, chapitre 8,verset 1 et chapitre 9, versets 1 à 5, deuxième épître aux Corinthiens, chapitre 11, versets 16 à 33) – nous livre ici un magnifique hymne à l’amour de Dieu.
Comment Dieu ne nous donnerait-il pas tout, lui qui nous a donné son Fils ? Comment pourrait-il nous juger, alors que son Fils Jésus est notre avocat et que tout est accompli à la croix pour la condamnation du péché et du mal, et la réconciliation avec Dieu ? Avec Paul, répétons cette phrase pour qu’elle imprègne notre esprit : « Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, 39ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur. »
Amen.