PRÉDICATION : Dimanche 2 mars 2025 – Culte de l’Horizon

Dimanche 2 mars, pour sa prédication du culte de l'Horizon, le Pasteur Hervé STÜCKER s'est appuyer sur le chapitre 11 du Livre de la Genèse. Mais plus que les textes biblique et de prédication, cette semaine, on vous a mis des bonus. Régalez-vous bien !

Livre de la Genèse, chapitre 11, versets 1 à 9

À ce moment-là, tous les habitants de la terre parlent la même langue et ils utilisent les mêmes mots. Un jour, les gens vont vers l’est. Ils trouvent une plaine au sud de la Mésopotamie et ils s’installent là. Ils se disent entre eux : « Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu. » Les briques leur servent de pierres, et le bitume leur sert de ciment. Puis ils disent : « Allons ! Construisons une ville et une grande tour aussi haute que le ciel. Ainsi, nous deviendrons célèbres et nous pourrons rester tous ensemble. »
Alors le Seigneur descend du ciel pour voir la ville et la tour que les êtres humains sont en train de construire. Ensuite, il dit : « Ils forment tous un seul peuple et ils parlent la même langue. Cela commence bien ! Alors maintenant, jusqu’où vont-ils aller ? Rien ne pourra plus les arrêter. Ils vont faire tout ce qu’ils veulent. Ah non ! Je vais mélanger leur langage. Il faut les empêcher de se comprendre entre eux ! » Le Seigneur les chasse de leur ville et il les envoie un peu partout dans le monde. Ils arrêtent de construire la ville. C’est pourquoi on donne à cette ville le nom de Babel. En effet, c’est là que le Seigneur a mélangé le langage des habitants de la Terre. Et c’est à partir de là qu’il les a envoyés un peu partout dans le monde entier.
A l'arriére plan, se dessine la silhouette du Christ , les bras grands ouverts. Au premier plan, des silhouettes d'hommes, de femmes et d'enfants tournées dans la même direction, à savoir vers le Christ.

©︎ Pixabay / Gerd Altmann

Prédication

Le récit de Babel est très connu.
Ce récit est le plus souvent compris comme étant celui d’une condamnation et du châtiment divin de l’orgueil humain : les humains du récit veulent se faire un nom, ou une renommée. Ils se lancent pour cela dans une gigantesque entreprise : celle de construire une ville avec une tour dont la tête, le sommet, ira toucher les cieux.

 

Toucher les cieux…

 

Toucher les cieux, c’est aborder le domaine de Dieu, pas seulement le déranger, mais envahir son domaine et finalement prendre sa place.

Dans le jardin en Éden, c’était le serpent qui avait incité l’humain à cela.

Mais là, l’humain joue pour lui-même le rôle du serpent : la tentation est toute intérieure.

 

L’histoire récente, au XXème siècle, avec en particulier les atrocités des régimes fascistes en Europe, a permis aux théologiens de lire dans l’organisation des humains de Babel celle d’un modèle de totalitarisme : non seulement ces humains parlent une seule langue d’une même bouche, mais en plus ils disent tous exactement la même chose : briquetons des briques et cuisons-les par cuisson…

Ils sont tous alignés sur la même pensée, engagés dans la même tâche, avec un seul but de puissance.

Ce qui les caractérise est l’uniformité !

On ne sait plus très bien finalement qui est humain et qui est brique, c’est un peu la même chose quand tout le monde est passé par le même moule et la même cuisson : même dimension, même angles, même couleur, tout cela empilé.

La réduction des personnes dans un état uniforme de briques, de matériau sans individualité, avec un langage uniformisé et contrôlé visant à empêcher le déploiement d’une pensée indépendante et critique, ces mécanismes mis en place par les pouvoirs totalitaires sont aujourd’hui bien connus et le récit des humains de Babel s’offre comme un miroir à ces terribles entreprises.

 

Mais un mythe n’appartient jamais au passé. Il se tient dans le présent comme une clef d’interprétation de l’Histoire, des histoires.

Il n’y a pas que les grandes Babel du nazisme, du stalinisme, des khmers rouges : il y en a aussi de toutes petites, à l’échelle d’un groupe restreint mais dont les membres ne valent pas plus qu’une simple brique.

 

Certes, il n’y a pas de chef à Babel, pas de guide, pas de gourou. C’en est presque plus effrayant.
Babel est un projet qui uniformise, et donc appauvrit les esprits.

Haute jusqu’au ciel, la tour servira de repère, de ralliement, aucun humain ne la perdra de vue, elle sera le symbole puissant de ce commun de langue et de lieu qui rassemble les humains de Babel.

Comme souvent, l’orgueil est adossé à la peur, la peur de la dispersion sur la surface de la Terre, la peur de la dispersion comprise comme un danger, comme une perte.

Babel, c’est la peur d’une perte, la peur d’un « grand remplacement ». Alors, face à cette peur, l’humain court vers une identité commune générée et renforcée par une langue unique et un projet commun. Ainsi, l’identité d’« humain de Babel » est infiniment préférable et désirable, au point qu’il semble n’exister aucune alternative.

 

Mais Dieu descend, pour voir ce qu’il en est.

 

Dieu évalue la situation et ce qui est jeu.

Et Dieu brouille la langue et disperse les humains, sur toute la surface de la Terre.

Notez que le récit ne porte pas de jugement négatif sur les humains de Babel. Ils ne sont pas coupables.

Dans le récit du déluge, il est clairement indiqué que le mal des humains était grand sur la Terre, que les cœurs n’étaient remplis que de pensées mauvaises. Mais aux humains de Babel, Dieu ne fait pas de reproches, il ne fait pas de constat d’orgueil.

La ville n’est pas détruite par le feu comme Sodome et Gomorrhe ; il est simplement indiqué que les humains cessent de bâtir la ville, c’est tout.

 

Il semble que dans ce récit Dieu agisse de manière préventive, comme si les humains de Babel ne se rendent pas compte de ce qu’ils sont en train de faire. Le brouillage de la langue, la diversité des langages et la dispersion viennent contrer le risque d’un danger inévitable et majeur, un danger qui est là, sous nos yeux.

 

Bien sûr il y a le risque du totalitarisme, mais pour nous aider à comprendre la nature profonde de ce danger, le récit livre l’évaluation de Dieu sur l’œuvre des humains de Babel : « ce n’est là que le commencement de leur œuvre ; désormais, rien ne les empêchera de réaliser tous leurs projets ».

Le risque, le danger de Babel, c’est cela : que rien ne les empêchera.

Cette extrême capacité humaine est vertigineuse, séduisante même.

Mais alors, il n’y a plus de limite.

 

Souvenez-vous, dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse posent la limite comme condition de la création et de l’humanité.

 

Limite posée aux ténèbres par la lumière, limite posée à la mer par la terre ferme, limite posée à l’humain dans le jardin par l’interdit de l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur.

Et cette limite transgressée, c’est l’interdit de l’arbre de vie qui est instauré comme limite.

 

L’œuvre divine de la Création est racontée comme œuvre de séparation, de distinction, et cela, afin que puisse apparaître la diversité et les différences, entre les espèces de vivants, mais aussi entre humains.

Babel est cette tentative humaine d’abolir la limite que représente l’altérité, c’est-à-dire l’autre, le différent. C’est celle qui risque d’être franchie, abolie à Babel avec le langage unique, la pensée unique qui entraînent l’uniformité, l’indifférenciation.

À Babel, l’humain n’engage rien de moins qu’une œuvre de dé-création.

La peur de l’autre le pousse vers un langage unique, une pensée unique, et il n’y aura alors plus d’humanité, humanité de paroles et de relations à laquelle est offerte une alliance pour la vie.

 

Alors le récit raconte que Dieu opère une nouvelle séparation, dans la langue, dans le lieu, afin de relancer l’altérité dans l’aventure humaine et d’y préserver la possibilité de la diversité.

Lorsque nous craignons de perdre notre identité dans la dispersion, c’est-à-dire dans l’épreuve de la différence, le récit du Livre de la Genèse rappelle que si l’altérité bouscule notre identité, c’est ainsi, grâce à l’altérité, que l’identité évolue et reste dynamique.

 

Quand il n’y a ni écart, ni différence, il n’y a que de la répétition.

Il n’y a pas de relation, il n’y a pas de transmission. Rien ne passe de l’un à l’autre, rien ne change, rien n’évolue, et notre identité fixe devient une identité vide, une identité sans vitalité, une identité morte.

Babel est une impasse.

 

Le Dieu dont témoignent les Écritures, le Dieu de Jésus Christ, est un Dieu passionné par la diversité, par le foisonnement des diversités, et qui vise à les favoriser.

La dispersion n’a pas d’autre but que de répandre la diversité.

Le brouillage des langues n’a pas d’autre but que d’engager à la rencontre, à la traduction et au dialogue. Nous, nous partons de là, de cette dispersion, de ce brouillage de langues, de cette réalité de diversité et d’altérité qui est garante de notre propre singularité, celle dont manquent les « humains de Babel » d’hier et d’aujourd’hui, qui par peur n’envisagent que le même, les mêmes, au prix de la liberté, au prix de la responsabilité, l’une et l’autre ne pouvant être effectives qu’en diversité, pas en uniformité.

Car la liberté, biblique et évangélique, ne se joue que dans un rapport à l’autre, au différent.

Et la responsabilité que réclame Dieu à chaque être humain est un appel puissant à l’individualité, à la singularité qui ne peut exister qu’en dialogue dans la diversité.

 

Diversité, pluralité, liberté, responsabilité, voici la visée divine en faveur de l’humain. Et c’est aussi celle de l’Église, l’assemblée où chacun est libéré pour son propre chemin, ses propres convictions, sa propre manière de vivre mais et invité de le vivre en communion avec l’Autre, et les autres.

 

Mais attention : le résultat, ce n’est pas un grand « n’importe quoi » informe.
Le résultat, c’est l’hospitalité : accueil et reconnaissance. Hospitalité fondée sur la confiance de Dieu envers chacun, fondée sur la confiance faite chair qu’a été Jésus le Christ.

 

À Babel, Dieu sauve les humains d’un grand danger, celui d’une fusion générale de tous ce qui conduit à ce que plus personne ne compte, n’a de valeur, de dignité.

 

N’allons pas croire que ce danger est derrière nous. Il est autour de nous, il est devant nous.

Nous avons besoin d’un grand coup de vent de l’Esprit pour ne pas nous laisser séduire ou endormir quand la pression de l’uniformité menace la diversité.

 

C’est une chance de vivre parmi et avec d’autres différents.

C’est comme du levain dans la pâte humaine de chacun. C’est un engagement d’humanité. C’est même une mission.

Amen.

 

Pasteur Hervé STÜCKER

Rennes, dimanche 2 mars 2025

Chant

 

Une seconde version :

 

 

Traduction du chant :

 

L’Amour est sans réserve

On entend souvent dire que l’amour dans ce monde ne dure pas longtemps.
Comment peut-il y avoir un amour sans fin ?
L’amour du monde ne se soucie que de l’avoir,
il disparaîtra après un moment de splendeur
Mais je suis sûr que l’amour est éternel.
Je n’ai rien d’autre à demander après t’avoir rencontré.
L’amour qui ne peut pas être expliqué durera pour toujours après des milliers d’années.
Qui souffre et est pendu aux bois ?
L’amour le plus élevé se voit dans les mains percées
Regarder! Le sang coule, reflétant l’amour sans réserve, l’amour qui dure pour toujours.
Je demande seulement de donner ma vie au Seigneur et de tout donner au Seigneur.
J’ai décidé que je n’avais plus aucun désir dans cette vie.
J’espère seulement que la louange du Seigneur suffira.

Quelques photos du culte de l'Horizon

©︎ Raphaël Koelher

©︎ Fanny Delaplace

©︎ Fanny Delaplace

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