Prédication
Ça va ? Vous vous êtes remis de la lecture de ces deux textes ?
Une précision de lecture s’impose pour le texte tiré de la Épître de Paul aux Hébreux : Corriger ne veut pas dire foutre des torgnoles…
Mais quand même, je vous comprends : On peut être effaré de ces textes bibliques.
Ils ne correspondent pas exactement avec l’image du Dieu « tout-amour » que nous concevons souvent. Et ce n‘est rien de le dire…
Voilà maintenant que le Dieu d’amour mettrait des gens à la porte, et en plus, Il punirait !!!
Et si, malgré les apparences, dans ces textes-là aussi, il y avait une bonne nouvelle ?
Justement, ces textes sont peut-être là pour nous rappeler notre relation avec Dieu.
En effet, avez-vous déjà vu une relation d’amour durable où seulement l’une des deux parties aime sans condition l’autre ?
Avez-vous déjà vu un couple qui tient solidement alors que seul l’un des deux travaille à entretenir cet amour ; parle à l’autre ; dit des mots d’amour et de tendresse à son conjoint ; cajole et prend soin de sa compagne ou de son compagnon, tandis que l’autre est muet, absent, lointain ou distant ?
Avez-vous déjà seulement imaginé un père qui aime tendrement, profondément son enfant ; et cet enfant ne parle jamais à son père ; fait bien souvent le contraire de ce que son père pense être bien, n’en fait qu’à sa tête avec les autres ; et ce même enfant s’étonnerait de la tristesse et de l’éloignement de son père ?
On peut alors commencer à distinguer le centre de nos textes de ce matin… Cela peut sembler contraire à nos principes protestants de l’amour inconditionnel, mais ne l’est en aucun cas : l’amour, ça coûte !!!
Ah mais non, me direz-vous ! Le salut, c’est gratuit ! Alors si tu nous dis que ça coûte, on va tomber dans le salut par les œuvres !!!
Non !!!
Quand vous dîtes à votre épouse, votre conjoint, votre compagnon « je t’aime », est-ce une œuvre ? Quand vous menez à bien avec celle, celui avec qui vous partagez votre vie, un projet, sont-ce des œuvres pour « acheter » votre couple ?
L’amour que nous sommes appelés à partager avec Dieu a, tout comme une histoire d’amour terrestre, des conséquences ; conséquences sur notre façon de penser ; conséquences sur nos actes, nos paroles.
Oui, parfois, ça nous « coûte » ; parce que ça nous oblige à certains efforts, à certains choix, à certaines orientations. Mais toute relation nous oblige à cela ; à des choix, et parfois à des renoncements !!!
J’aime mon conjoint ? Je renonce à me lier à d’autres personnes.
J’aime mes enfants ? Je renonce à penser que je les ai « faits » pour moi, ou à ne penser qu’à moi et mes centres d’activité pour prendre du temps avec eux !!!
Peut-on parler pour autant d’œuvres ? Non !
Alors je dirai que ces textes sont la suite tout à fait logique du 1er commandement, qui est exigeant : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de Tout ton cœur, de Toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ».
Si cette parole-là n’est pas exigeante… Laquelle la sera ?
Venons-en alors directement à notre texte rapporté par Luc.
Une question : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »
On sent une angoisse, une peur dans la question.
La réponse de Jésus peut paraître légaliste : « efforcez-vous… ».
S’efforcer, mais sans être sûr ? S’efforcer… Avec la peur au ventre ?
Réfléchissons sur ce verbe : S’efforcer. S’efforcer, littéralement, c’est puiser sa force.
Souvenez-vous : « de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ».
De toute ta force !!! Aime Dieu ; aime-le vraiment.
Mets en œuvre (il faut le dire !) autant de force qu’il en faut que pour celle, celui qui partage ta vie et que tu ne veux pas perdre !
Aime… Mais aime vraiment ; ne te contente pas d’un petit coucou de temps en temps uniquement quand tu en as envie ou quand ça te fait du bien.
Efforce-toi ; même quand, parfois, tu as autre chose à faire ; même quand, parfois, tu n’en n’as pas trop envie ; même quand, parfois, tu as quelque chose à lui reprocher… Ou à te reprocher ! Parle-lui ; dis-lui ; partage-lui.
Un détail dans ce récit rapporté par Luc ; Jésus dit : « alors vous commencerez à dire : nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues ».
Voilà certainement la clé de compréhension de ce texte : « Nous avons mangé et bu devant toi ».
On est exactement dans la même situation que dans la parabole des noces, où l’un des invités reste à la porte et se retrouve dehors…
Le texte dit bien : « nous avons mangé et bu devant toi », et non pas « nous avons mangé et bu avec toi ».
« Devant toi », et nous sommes au spectacle !! C’est à dire spectateur, et non pas acteur.
On regarde, mais on ne s’investit pas ; on jette un œil, mais on ne bâtit pas.
Au fond, boire et manger devant lui, c’est rester en dehors des événements ; rester en dehors des choix nécessaires.
Pourtant, Dieu nous veut acteurs !
Acteurs de nos vies ; acteurs de cette merveilleuse, magnifique histoire d’amour. Pas juste « voyeurs », passifs, regardant juste par le trou de la serrure !!!
Et la suite du texte : « tu as enseigné dans nos rues ».
Oui, chaque dimanche, à chaque partage biblique, à chaque partage de sa Parole, à chaque initiative par le groupe Mamré ou dans tant de rencontres dans notre communauté, le Dieu de Jésus-Christ enseigne, encore aujourd’hui, dans nos rues, dans nos bâtiments… Est-ce pour autant que le large pays rennais sur lequel s’étend notre communauté en entend le message ?
Si le message du Dieu de Jésus-Christ n’entre pas d’abord dans nos cœurs et dans nos âmes, alors l’enseignement que nous tentons de diffuser au sein de notre Église tombe à l’eau !!!
Si le message de Jésus-Christ ne s’adresse qu’aux rues, alors il retourne sans effet vers celui qui l’a délivré !!!
Il y a donc un fossé, un fossé d’amour entre : « nous avons bu et mangé devant toi et tu as enseigné dans nos rues » et « nous avons bu et mangé avec toi et tu as enseigné dans nos cœurs ».
Dans la relation avec Dieu, devenir acteur, et non spectateur : voilà ce à quoi nous devons nous efforcer.
La 2ème question sous-jacente, claire dans l’épître aux Hébreux, est la question d’un Dieu, un Père punissant. Dieu punit-il ?
Je le dis, cette question me gêne.
Je crois que la punition de Dieu, c’est son absence. Le péché, ce n’est pas la faute, c’est bien la rupture.
La rupture avec Dieu, c’est vouloir se passer de Lui.
Et Dieu accepte…
Ok ; tu veux te passer de moi ? Je t’enlève mon Esprit-saint ; débrouille-toi ; réfléchis…
Et choisis ; la vie avec Moi, mais elle comporte des choix, choix de vie, choix d’amour ; ou la vie sans Moi… Je me retire de ta vie.
J’ai toujours eu l’impression que l’enfer éternel, c’était ça : non pas des flammes et une chaleur intolérable, mais l’absence de Dieu.
Alors en ce début d’année d’église, de rentrée, de reprise, c’est à nous de nous demander où nous en sommes dans notre relation avec Dieu… Est-ce que nous mangeons de temps à autre en face de Lui, ou prenons-nous le temps de manger avec lui ?
Son message est-il enseigné dans notre temple… Ou dans notre cœur ?
Notre vie est-elle en adéquation avec l’exigence évangélique qui est de vivre pleinement cet amour dont nous sommes aimés avec les autres, tous ceux qui nous entourent ?
Au fond, la question est toute simple : Nous qui sommes aimés d’un amour fou qui est allé jusqu’à la folie de la croix, sommes-nous prêts à nous investir dans une relation d’amour, qui demande de l’attention, qui demande à être nourrie, ou sommes-nous prêts à nous passer de Dieu ?
Nos choix sont dans nos mains… Et dans notre cœur ! Amen !
Pasteur Hervé STÜCKER
Rennes, dimanche 24 août 2015