Prédication
La Pentecôte, c’est l’explosion de la vie !
Dieu envoie l’Esprit Saint sur l’humanité et lui dit :
« Vas-y ! Vis ! Je te libère de toutes tes oppressions, tu es libre ! Allez, vas-y ! vis ! »
Et l’Être humain se retrouve là planté…
Un peu comme dans les films, quand on voit un prisonnier sortir de prison.
Il est là, sur le trottoir et la porte de la prison vient de se refermer derrière son dos.
La liberté est alors une vaste étendue… incertaine…
S’il n’y a personne pour attendre l’ex-prisonnier, celui-ci réclamera vite le retour en prison et fera tout pour cela : préférant les quatre murs structurants et rassurants à l’immensité de la liberté.
La liberté, c’est toute la problématique humaine.
La liberté on la réclame, la revendique… mais la liberté, la vraie liberté, celle qui est faite de responsabilité, de dignité… de grandeur humaine… cette liberté-là est magnifique tout autant qu’elle est difficile.
Elle est joyeuse mais aussi pleine de gravité.
Cette liberté est si belle… mais serons-nous à sa hauteur ?
C’est toute la problématique de la Bible et en particulier du livre de l’Exode.
Et l’être humain ne cesse de bâtir des murs… pour les autres bien sûr. Mais, dans une terrible évidence, il s’y retrouve enfermé.
Le Christ nous a ouvert la porte : nous sortons de prison.
Nous sortons de prison, invités à vivre une Création voulue par Dieu, par le souffle et l’élan de Dieu.
Ok, mais comment allons-nous vivre cette liberté ?
Comme dans les films : sur le trottoir d’en face, dans la lueur incertaine du petit matin, au cœur de la solitude de notre vie, Dieu se tient là.
Dieu se tient là, présence rassurante, et il nous laisse l’essentiel pour vivre notre liberté.
Dieu est « Parole », vous le savez.
Et la première Parole que nous entendons de Dieu est un « OUI » : le grand « oui » de Dieu envers notre personne, notre être, envers chaque être humain, quel qu’il soit.
Je sais, nous sommes imparfaits et nos actes s’en ressentent : il y a du bien et du moins bien en chacun de nous.
Dieu le sait, il nous connaît mieux que nous-mêmes, jusqu’au moindre de nos cheveux dit Jésus (Évangile de Matthieu, chapitre 10, verset 30) et il nous dit pourtant un « oui » sans réserve, un « oui » d’amour pur, et il y voit l’accomplissement de toutes les promesses.
Et donc, la première chose à recevoir en sortant de prison, c’est de recevoir ce « oui » de Dieu.
Jésus est le « oui » de Dieu inscrit dans l’histoire humaine, offert à tous et à toutes.
Ce « oui » de Dieu, bien des personnes en ont fait l’expérience en sentant qu’il y a « quelque chose » d’immense qui les connaît et qui les aime, les garde.
Dieu parle alors le langage de notre cœur, de nos tripes.
Il y a quand même des « non » qui viennent de Dieu, pas contre notre personne, mais contre des choses, des attitudes, des actes.
Dieu dit « non » à la maladie, au meurtre, à la haine, à l’angoisse, à la méchanceté, à l’inaction,
« Non, pas ça » quand nous nous apprêtons à trahir ceux qui nous font confiance,
« Non » au désespoir et à l’abandon…
Mais toujours Dieu dit « oui » à la personne et ce « oui » rend libre.
Ce « oui » de Dieu nous aide à nous dire « oui » à nous-mêmes, à notre existence.
Nous avons souvent un mal immense à nous dire ce « oui », et encore plus de mal à dire « oui » à l’existence de notre prochain.
Nous avons tant de mal à faire la part entre les qualités et les défauts, entre les actes et l’être même de la personne humaine.
C’est pourquoi, il est si essentiel de s’ouvrir à ce « oui » de Dieu, parce que c’est là que s’enracine notre existence…
Ce « oui » à Dieu, nous pouvons le dire dans la prière, même si ce « oui » est un peu hésitant, encore maladroit.
C’est pourquoi l’apôtre Paul nous dit que notre « oui » à Dieu est un « amen ». Ce petit mot hébreu pourrait se traduire par « j’y tiens ».
Notre « oui » à Dieu est ainsi un « oui » de confiance en Dieu plus que de connaissance de Dieu.
C’est une ouverture vers lui, une bonne volonté, une recherche, une espérance même si nous ne le connaissons pas, même s’il nous dépasse, même s’il nous étonne…
La prière est alors comme une respiration, on inspire en y entrant, on expire en y sortant.
Dans l’entre deux, peuvent alors venir le « merci » et le « pardon ».
Notre « merci » pour tout ce que nous avons croisé de beau, et notre demande de pardon pour ce qui l’était moins.
Mais en même temps, dans notre prière, nous pouvons alors recevoir les « mercis» et le « pardon » que Dieu prononce sur nous.
« Merci » car le bien que nous faisons, si nous le faisons, est un acte de bonne volonté, un acte venant de notre capacité à aimer.
Mais Dieu met également le doigt sur là où nous avons manqué, non pour nous accabler mais pour nous aider et nous guérir.
Dieu nous dit « ta faute, ton péché est pardonné », comme Christ le fait si souvent, ce mot de « pardon » dit à la fois le « oui » de Dieu sur notre être et le « non » sur ce que nous avons fait, parfois un énorme « non », parfois un petit « non » qui tique sur un point.
Cela nous permet de reconnaître un peu mieux quelles sont nos faiblesses et nos erreurs pour progresser et réparer nos dégâts, si possible.
Enfin, nous pouvons présenter à Dieu nos projets, nos idées, lui dire ce que nous espérons, ce que nous pensons être.
Quand nous nous présentons ainsi devant lui c’est encore une façon de lui dire « oui » et de lui dire « amen », c’est une façon de lui dire « je ne te suivrai peut-être pas tout à fait, puisque tu nous laisses libre, mais j’ai envie de connaître ton avis ».
Dans l’intervalle entre ces « oui » et ces « non » de Dieu pour nos intuitions, il y a de nouvelles possibilités qui naissent à notre conscience, comme soufflées par Dieu.
Nous pouvons avoir le courage de poser alors nos propres « oui » et nos propres « non ».
Car si Dieu nous attend sur le trottoir d’en face, Il nous laisse libre.
Comme le dit Jésus, il est normal et bon que nous allions et venions, de temps en temps auprès de Dieu pour bavarder, pour recevoir de sa force, son aide.
Ce « oui » qui nous dit que nous sommes dignes et capables de créer une route nouvelle devant nos pas et que cette route soit belle.
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Notre libre chemin se sculpte avec des « non » et des « oui »
Savoir dire « non », c’est important.
En apprenant à dire « non », on devient un être responsable qui ne subit pas seulement son environnement, mais qui choisit sa propre voie.
Mais avant de savoir ce que nous choisissons, puisque nous sommes autorisés à le faire, nous devons savoir éliminer ce qui n’est pas bon, ce qui ne construit pas et ce qui nous rend esclave.
De dire ainsi « non » à l’illusion et au néant, « non » à ce qui nie la vie, la mienne comme celle de la personne qui est à côté de moi, quelle qu’elle soit.
Ensuite vient le temps de faire quelque chose de cette liberté que nous avons en choisissant nos « oui ».
C’est là que notre cheminement devient particulièrement créatif, car parmi tous les possibles, parmi tout ce qui est raisonnablement bon, il reste encore une infinité de petits et de grands choix.
Dieu veut pour nous cette liberté, nous ne sommes pas ses pions, mais ses fils et ses filles héritiers.
Le « oui » d’Abraham qui se met en route,
le « oui » de Marie qui reçoit la Parole,
le « me voici » d’Ésaïe qui devient prophète… ne sont absolument pas des « oui j’accepte de perdre toute créativité, toute liberté, toute opinion personnelle » !
Heureusement.
Leurs « oui » et le nôtre sont des « oui » à une façon d’être où l’on marche avec Dieu en nous laissant créer par son « oui » à lui, par son pardon et ses « mercis », faisant confiance à ses « non pas ça », et ayant le courage de choisir nos propres « oui ».
Nous sommes là sur le trottoir, dos à la prison des noirceurs de l’existence, face à Dieu…
Je me souviens d’un film (mais j’ai perdu le nom), où la première action du prisonnier libéré était de prendre une grande, une immense respiration.
Que le souffle de Dieu vous porte ! Allez ! Vivez !
Amen.