Prédication: Dimanche 5 juillet 2026

La prédication de ce dimanche porte sur la fin du chapitre 11 de l'Évangile de Matthieu: "Venez à moi vous tous qui êtes fatigués".

Texte Biblique

Évangile de Matthieu, chapitre 11, versets 25 à 30

 

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te loue d’avoir révélé aux tout-petits ce que tu as caché aux sages et aux personnes instruitesOui, Père, dans ta bienveillance, tu as voulu qu’il en soit ainsi.
Mon Père m’a remis toutes choses. Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et ceux à qui le Fils veut le révéler.
Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et laissez-moi vous instruire, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour tout votre êtreLe joug que je vous invite à prendre est bienfaisant et le fardeau que je vous propose est léger. »

Traduction: Nouvelle Français Courant

Prédication

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.»

Il y a dans cette phrase comme un cri du cœur de Jésus, un cri chargé d’émotion…
Mais comment le comprendre ?

 

Jésus nous propose-t-il une religion « plus légère et joyeuse » ?
En effet, quand on parle de joug à l’époque de Jésus, on pense au joug de la Torah : Jésus nous propose de passer des 613 commandements traditionnels à un seul commandement, très libre, deux au maximum :

  1. écouter Dieu et l’aimer,
  2. aimer son prochain comme soi-même.

 

La liste est certes moins longue, mais est-ce que ça diminue notre charge ?
Si on prenait cela comme une loi impérative pour être sauvé, cela serait extrêmement exigeant et difficile. Car « aimer » c’est participer à la préoccupation de l’autre, ce qui ne simplifie pas la vie… 

D’ailleurs, Jésus connaît la fatigue, la faim, la solitude et les échecs. 

Il est donc normal que cela n’ait rien de facile de suivre le Christ. Concrètement.
Mais alors, de quoi Jésus nous déchargerait-il ? 

 

On pourrait dire que Jésus nous aide à supporter les peines de la vie courante, qu’il est à notre côté pour la porter, la supporter quand elle nous broie. 

Peut-être que certaines personnes ressentent cela, tant mieux. 

Mais, à la lecture du texte, il y a un petit problème : 

Il n’est pas question que Jésus nous aide à porter NOTRE joug, mais qu’il nous donne à porter le sien ! « Porter MON joug »

Et d’ailleurs, pas un seul passage des évangiles nous montre Jésus en train de porter le sac de quelqu’un, ou de labourer le champ du laboureur…

 

Sa façon d’aider la personne se situe à un autre niveau, en aidant la personne elle-même à être en forme. Mais alors ? De quel repos, de quelle paix parle-t-il ici ? 

 

En fait, la peine dont il promet de nous soulager nous la connaissons bien, c’est une peine plus profonde, intérieure et sournoise.

 

C’est cette charge que nous ressentons même si par ailleurs tout semble bien pour nous, avec un toit sur la tête, de bonnes choses saines à manger, si nous avions assez de ressources pour voir venir, une santé correcte, et quelques personnes qui nous aiment un petit peu…
On parle ici d’une étrange charge, sourde, une inquiétude ressentie par tous les humains, comme un bruit de fond ou comme un sirène hurlante… selon les moments. 

C’est de cette peine-là, de cette charge-là qui pèse lourdement sur nos épaules, dont Christ nous parle.

 

Oui, nous la connaissons bien : 

Les stoïciens ont cherché à s’en affranchir par leur mépris des choses de ce monde et  les épicuriens en se concentrant sur l’adoration de ce qu’il y a de meilleur dans la vie en ce monde. 

L’intégriste de tout poil cherche héroïquement à plonger dans une doctrine, dans des rites, dans l’observance de plus en plus frénétique et pointilleuse de commandements considérés comme divins. 

D’autres cherchent à s’étourdir dans les distractions ou à faire le vide en eux-mêmes. 

C’est autrement que le Christ agit, et à un tout autre niveau.

 

La première chose que le Christ nous apporte, c’est de présenter comme normal que nous soyons fatigués et chargés. Il ne nous dit pas : de quoi vous plaignez vous ? Il ne dit pas non plus : c’est de votre faute, vous n’aviez qu’à avoir plus la foi, être plus sage, plus pratiquant…
Ce n’est pas non plus parce que Dieu ne nous aimerait pas. 

 

Cette inquiétude est aussi normale que notre envie de respirer.

Respirer, c’est pénible pour le nouveau-né de découvrir cette urgence, il en pleure et il crie, avant de découvrir que c’est si bon de respirer. 

Cette charge, c’est une sorte d’angoisse de ne pas être à la hauteur, à la hauteur de quoi, on ne sait pas trop, peut-être simplement de ne pas être ce que nous penserions devoir être, faire ce que nous penserions devoir faire.

C’est aussi une sorte de vertige de ne pas saisir quel sens aurait notre existence, cette vie qui vient d’on ne sait où et qui est si brève. 

 

Ici, Christ nous propose non pas de « recevoir son enseignement » mais d’aller à lui et d’être ses disciples, ce n’est donc pas une question de connaissances d’une certaine sagesse, ce n’est pas non plus se soumettre à des commandements comme le propose le joug de la Torah. 

 

Ce que nous propose Jésus c’est autre chose. 

Le joug que Jésus, le Christ, nous propose c’est la légèreté de la grâce de Dieu. 

 

C’est de vivre de ce qui le fait vivre et le porte, lui, Jésus, et dont il témoigne : « je suis doux et humble de cœur ». 

 

Il y a là le point essentiel et sa conséquence : 

D’abord il dit qu’il est : « je suis ». Comme un état de fait.
Être son disciple c’est pouvoir nous aussi dire « je suis ». 

Cela nous a été donné : ce n’est pas une qualité à conquérir, nous n’avons pas pour cela à être croyant, ni à « réussir » notre vie, notre couple, notre travail, nous n’avons pas à le mériter en portant du fruit, en ayant des enfants, en ayant un corps de rêve ou je ne sais quoi d’autre…
Repartir de ce « je suis », de cette nudité de l’enfant qui vient de naître dont parle Jésus en introduction, dans sa prière de louange. 

 

Car le nouveau-né est riche de deux choses que Jésus nous invite à découvrir : 

  1. Il est. C’est la première chose : il est… et c’est tout
  2. La seconde chose, c’est que le nouveau-né a immédiatement besoin d’être accueilli par quelqu’un, sinon il n’est plus. C’est ce dont témoigne Jésus quand il parle ici de la connaissance et de la reconnaissance du fils par son père. Par ce Père qu’est Dieu.

 

Cela nous est donné, entièrement donné : nous existons, et nous sommes connu, reconnu, accepté par Dieu. Que nous le voulions ou non. C’est ce que l’on appelle la grâce. Dès lors, il n’y a aucune inquiétude à avoir là-dessus. Il n’y a pour cela rien à faire, rien savoir, il y a encore moins à s’anéantir, ni se vider de soi-même, ni je ne sais quoi d’héroïque ou de grand. Nous sommes. Et nous sommes reconnu comme enfant par Dieu.

 

La foi, dit Paul Tillich, c’est la suite éventuelle. La foi, nous dit-il « c’est accepter d’être accepté même si nous étions inacceptables. » (Tillich – Le courage d’être, VI, 1c) 

 

Nous n’avons pas à nous inquiéter de mériter de vivre, nous n’avons pas à nous battre pour en être digne.

 

Voilà le fardeau léger que Jésus nous donne : c’est le fardeau de la légèreté infinie d’être déjà accepté, de ne pas avoir à conquérir le droit d’être nous-même, que ce soit bien de le vivre, de façon inaliénable. Ne pas avoir à s’en inquiéter. Ne pas avoir à développer ces stratégies de fausses certitudes venant boucher l’horizon de notre recherche, de fausses images de soi… Au lieu de cela, vivre la joie simple d’être en vie, et d’être connecté à la source même de tout : YHWH « je suis » ? Dieu.

 

Cela est source de repos au sens où rien n’est alors obligé de l’extérieur. Sentir cela est source d’une joie, joie diamétralement opposée au désespoir, à l’angoisse, à l’inquiétude.

 

Pourtant Jésus parle aussi d’un joug, de son joug utile et bon.
Ce n’est plus la marque de travaux forcés, la logique est tout autre. 

Dans la logique humaine, nous étions sous le joug de la religion et de bonnes œuvres à faire pour être quelqu’un de bien, sous la menace d’un jugement. 

 

Avec le Christ, si nous agissons, ce sera par gratitude puisque nous sommes déjà vivants, déjà connu, reconnu, accepté par Dieu. L’action bonne est alors de la grâce qui déborde. L’angoisse devient une bonne inquiétude que vit Jésus, un enthousiasme, une faim et soif de justice comme le dit Jésus. 

Un amour, tout simplement. 

 

Cela nous est parfois donné d’avoir la révélation, sans qu’on la cherche, de se savoir connu et reconnu par Dieu. Nous pouvons aussi suivre cet appel du Christ : « venez », et prier tout simplement en pensant à Dieu. Ce Dieu dont nous parle Jésus, un Dieu qui aime, qui pardonne, qui donne la vie, qui nous met sur pieds et qui se réjouit de nous voir vivant. 

 

Frères et sœurs faisons de notre assemblée (pour ne pas dire Eglise) un lieu de vie ou un anonyme entrerai, un anonyme dont nous ne savons rien, ni la foi, ni les croyances, ni le parcours de vie, ni même s’il prie parfois… et à lui aussi il est dit sans réserve, dès les premiers mots, que la grâce de Dieu est sur lui. 

Il entendra ensuite le pardon de Dieu sans savoir même s’il a un début de retour sur lui-même. 

Et à la fin du culte il recevra la bénédiction, le laissant libre de chercher, ou non, sa propre vocation comme enfant de Dieu. 

À côté de cela, la prédication du pasteur peut complètement passer à côté… car en fin de compte, l’essentiel lui a été dit.

Amen

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