Prédication
Cela vous est-il déjà arrivé ?
Un moment de bascule dans votre vie.
Le moment d’une révélation… Le moment ou l’on se rencontre que ce qui était avant ne sera plus et que l’après n’aura rien à voir avec ce qui était.
Cela vous est-il déjà arrivé de vivre ce moment « M »… « Le » moment… l’instant qui change tout ?
Il y a bien sur cet instant ou tout s’écroule… La fin d’un rêve, d’une espérance… même si on se la disait un peu folle…
Le déchirement, la fracture, l’effondrement, la mort de l’être cher, de l’être aimé…
Le reste ne peut pas, ne pourra pas être comme avant.
Vous savez, vous les connaissez : ces grandes et petites morts qui déchirent les vies, notre vie…
Mais il y a aussi d’autres moments de bascule. Ces moments qui, écartant le voile sombre de l’existence, font place à une lumière.
Un regard qui se croise, comme un coup de foudre…
Une main saisie, un mot qui change tout, un sourire que l’on n’attendait plus…
Un enfant qui prend tout l’espace d’une vie rien qu’en le prenant dans ses bras.
Ce qui était avant ne sera plus… et que ce sera n’a rien à voir avec ce qui était…
Un homme cri dans le désert ». Et vous le connaissez, c’est Jean.
Il n’a rien à voir avec celui qui a écrit l’Evangile du même nom… Ce Jean-là est immobile dans une terre déserte. Il parle mais qui l’écoute ?
Des gens viennent à lui, par peur, par crainte : Jean les baptise comme pour les laver de leurs fautes, de leurs erreurs, de leurs trahisons. Mais quelles trahisons ?
La trahison d’être justement restée dans cette peur, dans cette crainte… La trahison de l’immobilisme, la peur de la perte…
Ils viennent de chez les pharisiens dont la parole a sclérosé la parole des prophètes. Ils viennent du temple où Dieu lui-même a été enfermé dans « le saint des saints »…
Par peur, par crainte…
Tous sont… immobiles.
Immobile dans leur vie, immobile de leur passé, immobile dans leur avenir.
Même Jean est immobile… à une différence près : Lui, il sait.
Il sait la fragilité de l’être humain, sa faiblesse marquée par la crainte et la peur.
Il sait que ce n’est pas sa faiblesse qui l’éloigne de Dieu, ce n’est pas la faiblesse qui est la cause de ce qu’on appelle « le péché ».
« Le péché » ne se voit qu’à travers la peur, la crainte, la fuite… l’immobilisme de notre vie.
(temps de silence)
(Projection de la diapo « l’homme qui marche » de Giacometti)
(temps de silence)
Alberto Giacometti, est un sculpteur italien du XXe siècle. Il a réalisé un grand nombre de sculptures pour essayer de se saisir de cette fragilité de l’être humain. Je vous invite à les regarder encore quelques instants.
(temps de silence)
Je ne sais pas vous, mais je trouve ces sculptures saisissantes : saisissantes de fragilité, fragilité d’un être humain que l’existence semble rendre décharné. Fragilité filiforme. Un être humain presque cadavérique, tout proche, semble-t-il d’une vie qui lui échappe.
Mais le titre que Alberto Giacometti a donné à ses sculptures est tout aussi saisissant : « L’homme qui marche ».
( temps de silence )
Oui, c’est un homme qui marche…
Il marche.
Vers où ? On ne serait le dire… mais il marche.
Son pas est résolu : la vie est devant lui et il s’y avance sans que rien ne semble pouvoir l’arrêter.
Sa fragilité semble remplie de conviction, de résolution, de confiance… oserais-je dire d’espérance ?
….
Mais oui, vas-y ! Ose le !
Ose dire : « Toi, l’être humain, ose l’espérance ! »
( Fin de la projection de la diapo)
Dans ce monde immobile, Jean, immobile au milieu des ténèbres du désert de l’humanité, voit une lumière venir à lui.
Mais dans la Bible, le désert est aussi le lieu de la rencontre.
Jésus s’avance, il marche. Lui, le fragile être humain, lui la force de Dieu.
Le temps bascule.
Jean baptisait pour que l’être humain ne tombe pas dans la peur et la crainte !
Il baptise Jésus… et l’Esprit de Dieu s’incarne dans le monde !
Il marche Jésus, que l’on peut appeler Christ, « Fils » de Dieu !
Par lui, l’Esprit de Dieu se découvre en tout être humain.
Frère et sœurs, dans ta faiblesse il est ta force.
Tout bascule.
Dans quelques instants nous allons baptiser Théo.
Je précise bien : ce n’est pas le pasteur, ce n’est pas Hervé qui baptise.
« Nous », nous tous, nous baptisons Théo.
Nous tous, nous participons à ce geste symbolique qui lui rappelle, qui nous rappelle la bascule de la vie que Dieu opère en Jésus-Christ.
Qui nous rappelle l’Esprit qui, en nous, ne cherche qu’à nous mettre en mouvement, en marche.
L’Esprit qui nous invite sans cesse à choisir, encore et encore, la vie.
Nous baptisons Théo et c’est un chemin, une aventure, une espérance qui s’ouvre encore à nous.
Osons avec Théo cette bascule. Osons là avec confiance.
Dans ce monde que des forces sombres, impérialistes, niant l’humanisme au profit d’utopies matérialistes, essayent de recouvrir du voile sombre de craintes et de peurs.
Dieu nous fait basculer d’un autre coté : celui d’un chemin de vie où il marche avec nous, avec nous tous.
Théo, Eli, Emma, Yodou, Leane et Christelle, baptisés et futurs baptisés, enfants et adultes, toi, toi et toi, toi devant et toi derrière.
Nous sommes le peuple de Dieu en marche appeler à être « lumière du mode ».
Faibles ? Nous ?
L’Esprit nous anime. Osons frères et sœurs, osons la force que Dieu a déposé en nous en Jésus-Christ.
Amen.