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Message de Claire
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À l’occasion de la reconnaissance de son ministère missionnaire
©Gil TARASSENKO
Ma belle-famille vient de me remettre ce magnifique pagne. En Casamance, le pagne en coton tissé à la main est un cadeau précieux, offert dans les grands moments de la vie.
Je le reçois avec gratitude et humilité comme un signe de bénédiction et de confiance. {Bonne i lobi merci meumeuk} Merci du fond du cœur. Ce pagne est fait de bande de coton cousues les unes sur les autres. Seul, chaque fil est fragile, mais ensemble ils font un tissu solide. Pour nous, c’est une belle image de l’église et de la famille : nous sommes unis pour porter ensemble le ministère.
Alors je tire le fil, justement, de cette belle métaphore… pour exprimer ma reconnaissance à tous les fils, toutes les personnes, cette nuée de témoins sans qui ce jour n’aurait probablement jamais eu lieu.
Avant toute chose, je rends grâce devant vous pour le mari extraordinaire que l’Eternel a mis sur ma route. Oui, merci mon amour pour ton soutien indéfectible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Merci d’arrêter de travailler pendant les 6 premiers mois de chacun de nos enfants pour t’en occuper, merci de me servir chaque jour des petits plats cuisinés avec tant d’amour qu’ils me donnent toute l’énergie pour ce ministère. Sans ta présence à mes côtés, il est évident que je ne pourrais pas vivre sereinement la moitié des engagements que je vis. C’est grâce à toi que je dors bien, que je mange bien et que je ris chaque jour. Je rends grâce aujourd’hui, trois ans après notre mariage, pour ces deux magnifiques enfants qui nous donnent tant de joie. Merci aussi à vous Hannah et Joseph de me suivre dans cette grande aventure. C’est vrai, je ne serais pas toujours là le soir ou le week-end pour passer du temps avec vous mais je suis sûre que toute cette vie communautaire sera un trésor pour votre vie, comme elle l’a été pour la mienne.
Car oui, être enfant de pasteur, je sais ce que ça veut dire étant fille d’une mère dont la foi et l’optimisme déplacent toutes les montagnes et d’un père pasteur qui avait le goût de la provocation pour remuer l’Eglise. Filleule d’un parrain cycliste et prédicateur et d’une marraine pasteure à la Fondation John Bost. – Je porte d’ailleurs sa robe pastorale aujourd’hui avec beaucoup d’émotion. Maman, papa, parrain et marraine, merci pour votre témoignage de vie. Avais-je alors, un parcours tout tracé pour le ministère ? Loin de là.
Lors de mon premier proposanat à Montpellier en 2018, je me suis écroulée, ce Dieu auquel je croyais qui était là pour me protéger, répondre à mes prières m’a abandonné. J’ai alors compris qu’il n’existait pas, qu’il n’était qu’une idôle. Ce fut mon tour de traverser « les vallées de l’ombre de la mort » comme dit le Psalmiste. Et aujourd’hui, je peux le dire, c’est une femme et une pasteure ressuscitée que vous avez devant vous ! Et ce passage de vie m’a équipée pour le ministère. Il m’a fallu apprendre à écouter mes propres blessures, doutes, colères et espérances pour être rendue capable d’accueillir celles des autres. L’Eternel, dans ce lieu intime et secret que nous avons tous en chacun de nous, s’est mis à façonner mon cœur. Aujourd’hui je le crois pour moi, je le crois pour chacun de nous : ce n’est pas malgré nos blessures que nous pouvons servir et annoncer l’Evangile, c’est en partie grâce à elles.
Je ne pourrai pas citer toutes les personnes qui ont participé de cette résurrection, témoins, soutiens tout au long de ce chemin pour trouver ma juste place dans l’Eglise et dans la société : vous vous reconnaîtrez. Famille, belle- famille, amis de longue date ou plus récents, scouts, écolo-baboss, musiciens et musiciennes, collègues, frères et sœurs en Christ, professionnels du soin physique, psychologique et spirituel… sachez que je porte une immense reconnaissance envers chacun et chacune de vous. Vraiment, décidément, on n’est pas grand-chose sans les autres.
Je souhaiterais maintenant parler un peu moins de moi pour parler davantage de celui qui nous réunit aujourd’hui. Je voudrais vous dire à quelle mission je crois qu’iel m’envoie et nous envoie – oui, le Saint-Esprit est féminin en hébreu et neutre en grec ! – Je voudrais tenter de vous dire le nouveau visage de ce Dieu qui s’est révélé à moi, après que l’idôle est tombée. Nous prions chaque dimanche la prière du « Notre Père ». Pour moi, la plus belle des demandes de cette prière est : Que ton Règne vienne.
« Que ton Règne vienne… » 4 mots qui sont je crois le cœur de l’envoi en mission. Je crois que Jésus-Christ a annoncé et nous a montré par sa vie et sa mort la nature de ce Règne et le chemin pour le vivre. Il a touché les lépreux, mangé avec les collecteurs d’impôts et les prostituées, parlé aux femmes que personne ne considérait, et il a fustigé les puissants — religieux compris — qui écrasaient les petits en invoquant Dieu. Il a été mis à mort parce qu’il s’est opposé activement aux structures de pouvoir religieux et politique de son époque. Il a dénoncé la corruption des chefs et le joug insupportable imposé au peuple.
On l’a appelé l’ami des pécheurs : il n’a jamais contesté. Voilà celui que je veux suivre. Celui qui dérange, celui dont la Bonne Nouvelle libère réellement de tous les esclavages. Celui qui libère de la mauvaise culpabilité, de l’angoisse, de la peur de la mort, du repli sur soi et de toute forme d’oppression.
Alors je m’engage devant vous aujourd’hui à ne pas être neutre, à être du côté de celles et ceux que le monde écrase. Là où sont bafouées la dignité des plus fragiles, l’égalité hommes-femmes, l’accueil des migrants, le partage des richesses, j’élèverai la voix, au nom de ce Dieu-là. Je souhaite aussi, ardemment, m’engager pour la sauvegarde de Sa Création, car la justice sociale est intimement liée à la justice climatique.
« Que ton Règne vienne… »
Comme missionnaire, je continuerai de rappeler que l’Église n’est pas là pour elle-même : qu’elle n’existe que pour annoncer et tenter de vivre l’Évangile, parole de libération de tous les esclavages, promesse de résurrection sur toutes les formes de mort. Je proclamerai qu’elle n’existe que pour faire advenir ce règne de Justice, de paix et d’amour. Aussi, je ne ferai aucune différence entre « chrétien » et « non-chrétien » parce que cette distinction n’a pas de sens à mes yeux. Je crois que le Christ, comme lui, nous invite à marcher avec chacun et chacune, pour faire un pas de plus, pour l’aider à vivre debout.
Enfin, Dieu m’a donné une autre langue, que je veux mettre au service de la venue de son Règne de paix : la musique. La musique est un langage universel — elle touche les cœurs là où les mots s’arrêtent, elle n’exige ni confession de foi ni appartenance et traverse les frontières que nous traçons entre nous. Je promets de faire de mon mieux – en bonne scoute que je suis- pour annoncer la vie aussi par ce langage-là : dans la beauté d’un chant, la douceur d’un archet, la joie d’une mélodie partagée. Je suis sûre que le Saint-Esprit s’amuse beaucoup à traverser la musique pour toucher les cœurs, tous les cœurs.
Que ton règne vienne, Oh Eternel. Donne-nous et donne-moi le courage de ne pas rester assise en l’attendant. Amen