Retour sur le culte d’installation de Charlotte

Nina et Klervi ont represéntées notre paroisse lors du culte d'installation de la pasteure Charlotte MIJEON à Angers
Nina et Klervi devant le temple d'Angers

Crédit: Nina LOËTTERS

Angers, 27 septembre 2026

Comme annoncée dans la Newsletter du 24 septembre, notre ancienne paroissienne Charlotte MIJEON a débuté son proposanat dans la paroisse d’Angers-Cholet cet été. Le dimanche suivant, le culte d’installation était célébré dans le Temple d’Angers. Klervi et moi étions heureuses de pouvoir nous déplacer en délégation pour accompagner Charlotte dans cette étape importante de sa vie de pasteure.

 

Nous étions accueillies par les paroissiens et par Charlotte, très touchée par notre présence et les pensées de sa paroisse d’origine.

 

C’est elle-même qui célébrait le culte, accompagnée par Cyrille PAYOT, pasteur à Orléans qui apportait la prédication et célébrait la liturgie d’installation. Voir Charlotte entourée de tous ces paroissiens, heureux de l’accueillir à Angers et à Cholet nous a émues ! 

 

Après ce culte fort en émotions et en chants, nous étions invitées à un pot d’accueil et un repas partagé – délicieux (la multiplication des pains, des poissons – et du vin – avait bien fonctionnée !!!).
Cerises sur le gâteau : la petite balade du parking au Temple – quelle belle ville, Angers…, la découverte de la Cathédrale et de son entrée artistique avant de rentrer à Rennes, et le fait que Klervi et moi avons pu profiter du temps de voyage pour faire davantage connaissance et échanger en profondeur. 

 

De la part de la paroisse de Rennes, nous avons apporté un figuier en guise de cadeau. Il trouvera sa place dans le jardin du presbytère. Charlotte a tout de suite fait le lien avec sa symbolique : grâce à son engagement (ensemble avec Stéphanie MERCIER), la paroisse a adhéré à la charte Église verte, au niveau ‘Cèpe de vigne’ au début. Cette année, nous avons atteint le niveau ‘Figuier’, signe que les graines qu’elles ont plantées continuent à porter leurs fruits.
Charlotte a laissé des traces à Rennes et nous souhaitions lui témoigner notre gratitude.
Le cadeau était aussi une manière pour nous d’exprimer le vœux que son ministère puisse développer de belles racines et porter des fruits pour la gloire du Seigneur.

La pasteure Charlotte MIJEON et le pasteur Cyrille PAYOT

Crédit: Nina LOËTTERS

Prédication du pasteur Cyrille PAYOT

Le principe de précaution que les disciples essaient d’appliquer, n’est-il pas parfois nécessaire et salutaire ? Cela est vrai pour toute église locale avec nos moyens limités. Il n’y a pas de mal, en effet, à anticiper un danger : devoir gérer une foule qui a faim alors que la nuit approche, avec le peu de moyens qui est à notre portée. Les disciples comptent sur l’autorité de Jésus pour renvoyer la foule, et c’est parfois ce que je demande à Dieu dans mon ministère : « Ce lieu est désert, et l’heure est déjà avancée; renvoie la foule, afin qu’elle aille dans les villages, pour s’acheter des vivres. » Une façon de se protéger, pour ne pas se laisser déborder. L’intention est bonne. Le principe de précaution est juste. Comme souvent dans tout ce que nous essayons d’appliquer dans la vie, par précaution, et connaissant parfois nos fatigues et moyens limités. 

 

Mais dans le même temps, n’avons pas tendance à limiter nos actes et notre pensée à l’appui de calculs savants : « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons »… 

 

Et voilà que résonnent les paroles de Jésus différemment. Dans la Bible, le « péché » signifie manquer sa cible. Alors Jésus insiste auprès de ses disciples : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger ». Une façon de dire : ne passez pas à côté de la cible ! Aujourd’hui nous savons comment renvoyer la foule à ses occupations, par un moyen efficace dont notre époque raffole, avec succès : il suffit de renvoyer chacun à son écran individuel… cet écran est un écrin qui saura nous gaver de « likes » pour alimenter notre hormone du plaisir, la dopamine… (J’ouvre une parenthèse : Savons-nous encore ce que c’est que de passer une soirée en famille, toutes générations confondues, sans dopamine… ?) 

 

Mais renvoyer la foule dans les villages alentours « pour qu’ils aillent acheter des vivres », c’est faire comme si la solution à nos principes de précaution se trouvait toujours ailleurs, renvoyant à chaque foyer sa solution. Et pourtant, nous ne sommes pas à égalité dans ce domaine. Et Jésus le sait bien. 

 

Dans une école de Palestine où je me suis rendu cet été, une femme pasteure voulant rendre sensible les enfants à la notion de partage, a fait l’expérience de demander à chacun des élèves de mettre sur une table commune leur pique-nique. Curieusement, en regroupant pour ainsi dire les cinq pains et deux poissons sur la table, il y avait de quoi rassasier tout le monde … alors qu’individuellement, un constat s’imposait : certains avaient beaucoup et d’autres n’avaient quasiment rien à se mettre sous la dent. L’expérience a vite tourné court : chaque enfant s’est précipité pour reprendre ses vivres ; et « par précaution », afin de ne pas choquer les parents, il a fallu vérifier que chacun avait bien repris sa besace, non celle de son voisin. Et l’on imagine ce que cela signifie pour l’enfant qui ne peut pas tout dire de son foyer, de ce qu’il s’y passe, du peu parfois avec lequel il doit compter pour vivre. Oui, renvoyer chacun à son foyer, Jésus sait ce que cela veut dire… 

 

« Nous n’avons que 5 pains et 2 poissons ». Le calcul est précis et juste. Mais les chiffres n’ont-ils pas l’art de mentir avec précision ? Et justement dans notre récit, une anomalie dans les chiffres est à noter : « Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants. » Il faut espérer que les femmes et les enfants ont également eut accès à la nourriture ; mais voilà une curieuse méthode de compter une foule, n’est-ce pas ? On justifiera ce calcul en expliquant le contexte patriarcal à l’époque de Jésus et dans la société de l’époque. J’y verrai plutôt la malice de l’auteur de l’Évangile ; il me semble en effet que les chiffres ici mentent avec précision car ils cachent ce qui n’est pas compté : les femmes et les enfants… Et si Dieu se glissait dans celles et ceux qui ne comptent pas ? Dans le décompte. Dieu n’a-t-il pas déjà montré comment il a su se glisser dans le ventre d’une femme pour fausser tout recensement, au risque de provoquer la colère des rois ? Et si le miracle de Dieu passait par la foule non comptabilisée, non chiffrée, ici en l’occurrence féminine et juvénile ? Mais n’est-ce pas cette même anomalie, et cette même malice, que nous retrouvons dans la généalogie de Jésus, très patriarcale (il n’y a que des noms d’hommes) ; et pourtant, le lecteur attentif sait que cinq femmes (toutes des étrangères dont la morale questionne), vont se glisser dans la généalogie de Jésus… n’est-ce pas là que commence le miracle de la vie, avec Dieu ? 

 

Mais cela passe d’abord par une injonction qui fait voler en éclat le principe de précaution parfois limitant : « Donnez-leur vous-mêmes à manger », déclare Jésus… une injonction qui repose toujours sur les mêmes, en l’occurrence des disciples qui sans doute apprécieraient de souffler de temps en temps, n’est-ce pas ? Dans notre récit, de nombreuses guérisons ont déjà eu lieu, tant de choses accomplies… une pause serait sans doute bien méritée. Et cela est souvent vrai en église. Et peut-être alors pourrions nous envier ce couple dont la photographie est devenue iconique au cœur de l’été : prise sur la plage de Lacanau, à proximité du feu qui a ravagé la Gironde, on y voit un homme et une femme, assis dans leurs transats, sandales, chapeaux et planche de bodysurf à proximité, alors que les nuages de fumée occupent les trois quarts de l’image et que le ciel a viré à l’orangé. Le contraste est saisissant entre la posture des estivants, semblant se relaxer, et le « plus gros feu de la saison ». « Tout va bien. Nous regardons le monde brûler », écrit ainsi une internaute sur X. « Le monde nous brûle sous le nez mais nous ne renoncerons à rien », commente une autre, sous-entendu : « continuons dans le déni et l’immobilisme face au réchauffement climatique ». Il y a comme une indécence à rester les pieds dans le sable, installé sous le parasol pour observer comme au cinéma 3D, un incendie géant de l’autre côté de la rive, pourtant synonyme de drame pour les habitants évacués. 

 

Mais cela ne ressemble-t-il pas à ce qu’une part de nous est devenue ? Il y a la rive qui observe de loin et la rive qui subit. Sur la rive païenne de nos vies, nous observons le spectacle du monde, avec une décontraction et une obscénité banale. Nous observons de loin l’actualité, depuis notre salon ; le Moyen-Orient est loin. Et lorsqu’au contraire, l’actualité brûlante nous impacte directement, on a vu la réaction lorsque 60000 migrants (une comptabilité contestée depuis) aurait afflué aux portes de l’Europe ; ou encore par l’effet d’un retour de vague, lorsque le contexte du détroit d’Ormuz augmente le prix du pétrole- une hausse qui importe plus que ce que vivent les populations au Moyen-Orient, sans compter ce que les femmes et les enfants endurent. Voilà donc que sur la rive religieusement vitale et sacrée, qui touche notre être jusque dans notre croyance où nous sommes consumés par la vie, nous réveillons nos prières où nous implorons le ciel et le monde, avec tout ce qui nous tombe sur la tête… 

 

Jésus, dans l’Évangile, passe d’une rive à l’autre. Faut-il le rappeler : l’Évangile prend soin de raconter le même récit de partage des pains et poissons, à deux reprises, l’un en territoire juif et religieux, l’autre en territoire considéré comme païen et rival. Autant sur la rive païenne, profane de nos vies, les pieds dans le sable, que sur la rive religieuse, brûlante et préoccupante, lorsque à genou, nous sommes perdus, voilà que Jésus pratique le même geste de partage. Avec le peu que nous avons, il nous dit : « Apportez-moi vos 5 pains et 2 poissons ».

 

Jésus fait asseoir la foule qui a faim et soif de paroles réconfortantes ; vous aurez noté qu’il les fait asseoir non pas sur la nature rocailleuse de la Palestine, mais dans l’herbe, nous dit le récit, à l’abri des braises. Pour prendre le recul. Il prend soin. Une sorte de parc des expositions, comme celui de Bordeaux ayant accueilli les évacués du bassin d’Arcachon : 5000 personnes… curieux, même chiffre que dans notre texte ici. 

 

Le parc des expos dans l’Évangile, c’est la foule qui émeut Jésus. Il s’expose aux critiques. Cela fait un moment que la foule écoute et assiste à des miracles de Jésus. Elle n’a rien mangé depuis un certain temps. 

 

Mais voilà qu’un autre miracle se fait jour avec juste du pain et des poissons, nourriture essentielle en Palestine à l’époque de Jésus. Cette précision est essentielle : elle nous rappelle que le miracle passe parfois par les éléments du quotidien ! Comme disait Albert Einstein : « Il y a deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle ». Tout, même cinq pains et deux poissons. C’est, à mon sens, ce dont Jésus va témoigner.  

 

Si Jésus était un guérisseur comme tant d’autres à son époque, là où l’on s’attendrait à un miracle de multiplication pour nourrir toute une foule en un lieu désert, curieusement Jésus ne multiplie pas les pains : à aucun moment il nous est dit que les pains se sont « multipliés » (je vous invite à relire le texte par vous-même). Au contraire, Jésus « dé- multiplie », il « fractionne » et fait distribuer par ses disciples les miettes pour que chacun en ait. Il est question de pain au début du récit, puis de miettes à la fin. Entre les deux, il y a eu fraction du pain en miettes, démultiplication (terme précis en grec). 

 

Dans la logique du principe de précaution bien calculé, soit on renvoie la foule car il n’y a pas assez, soit on attend un miracle, celui de la multiplication, si l’on y croit. C’est l’un ou l’autre. Eh, bien Jésus, en traversant d’une rive à l’autre, va apporter une nuance qui défie les calculs. 

 

Je sais bien qu’il est difficile de croire que l’on puisse nourrir une foule avec si peu et de penser que le partage contamine le partage, et que là se trouve peut-être la multiplication. Mais n’est-ce pas là un récit pour nous faire réfléchir à nos projections sur Dieu. Le Dieu de J-C n’est pas un Dieu que l’on consomme aveuglément mais un Dieu qui nous ouvre à une dimension du partage. Comme le dit si bien Denis Vasse, psychanalyste et Jésuite, l’être humain « n’a pas besoin de Dieu dans la mesure où il serait en position de consommateur (…) » et « ce qui fait la spécificité de l’être humain c’est précisément qu’il n’a pas besoin que de consommer pour vivre ». Devenir pleinement un être humain « ce n’est pas manger pour se nourrir, mais [d’abord] communier pour partager. » Partager c’est passer du besoin de Dieu (consommé alors comme une vache à lait), au désir d’entrer en communion avec le projet de Dieu, en passant de « la peur de l’autre à la peur pour l’autre », pour ce qu’il va pouvoir manger. 

 

Voilà sans doute ce qui rassasie une foule. C’est là le miracle. 

J’entends déjà votre objection : vous me direz à juste tire qu’au départ, les disciples n’ont que « cinq pains et deux poissons » et l’on finit par « emporter douze paniers pleins des morceaux qui restaient ». Il paraît donc logique, mais c’est notre logique humaine, d’en déduire une multiplication miraculeuse. 

 

Mais si le miracle consistait précisément au fait que la réserve se trouve parmi celles et ceux que l’on a omis de compter, les femmes et les enfants ? C’est mon hypothèse. Faites-en ce que vous voulez. Comme si la réserve se trouvait parmi nous, là où nous avons négligé de compter. Nous comptons sur Dieu, particulièrement lorsque nous n’avons que 5 pains et 2 poissons en comptant sur un miracle, nous dit Jésus ? Eh, bien, « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Et vos précautions voleront en éclat, mais c’est parfois par ce risque que se laisse percevoir le Royaume dans notre quotidien. 

 

Voilà qui fait écho à ces paroles qui préparaient déjà le terrain, quelques chapitres auparavant : les foules sont « fatiguées et abattues comme des brebis sans berger ». En toute bonne logique, tout semble préparer l’annonce d’un berger, ou son retour, n’est-ce pas ? Tout comme les 12 corbeilles pleines de morceaux, en référence aux 12 tribus dans l’attente d’un berger qui nourrit le peuple d’Israël, accomplissant les promesses de l’Ancien Testament (notamment la manne dans le désert). Pourtant, la conclusion surprend : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ». Là où il y a une attente de berger avec un troupeau qui serait passif, Jésus passe à une autre métaphore : celle de la moisson. Jésus déplace le regard. L’image des brebis sans berger souligne d’abord le manque : le peuple est désorienté, dispersé, vulnérable. Mais Jésus invite à solliciter des serviteurs ouvriers. Dans un troupeau, les brebis sont plutôt passives : elles suivent. Dans une moisson, au contraire, tout est orienté vers le travail, la collaboration, la participation, une forme de communion. Une moisson n’avance pas parce qu’un chef est présent ; elle avance parce que des serviteurs ouvriers se mettent à l’œuvre. Le maître de la moisson demeure indispensable, mais il choisit de dépendre, en quelque sorte, du concours de celles et ceux qu’il appelle. Vous cherchez un berger ? Devenez des serviteurs. Vous constatez le manque ? Entrez vous-mêmes dans la mission. La première réponse de Dieu à la pénurie n’est pas de remplacer une absence par une présence providentielle ; c’est d’éveiller des vocations. D’ailleurs, la suite du texte confirme cette lecture. Juste après avoir demandé de prier pour des serviteurs ouvriers, Jésus appelle les Douze et les envoie (Mt 10,1-5). Ceux qui prient pour les ouvriers découvrent qu’ils sont eux-mêmes la réponse à leur prière. Ainsi, le manque de berger suscite une prière ; la prière engendre des envoyés. 

 

Devant les crises, le réflexe spontané est souvent d’attendre quelqu’un (nous le voyons pour les élections présidentielles de 2027) : un chef, un saint, un leader charismatique qui pourrait haranguer les foules pour ensuite les renvoyer. Jésus répond autrement : « Priez. » Et la prière qu’il demande n’est pas tournée vers l’arrivée d’un héros (d’un pasteur!) mais vers la naissance de serviteurs, parmi celles et ceux dont on pense qu’ils ou elles ne comptent pas. De même, lorsque Jésus rompt en déjouant les calculs, Il bénit le pain en s’adressant au ciel pour donner sens au partage : le partage est relié à la prière pour le monde, pour la rive religieuse et païenne de nos vies. 

 

Charlotte, quelle joie de savoir que dans ton ministère tu es, nous le savons, sensible à cette traversée d’une rive à l’autre, et que tu sauras susciter autour de toi des serviteurs ouvriers. 

 

Chers amis de Dieu, dans toutes nos précautions, ne nous trompons pas de cible : Prions que Dieu suscite parmi nous des serviteurs, Amen

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